Aujourd’hui, dans le prolongement de mes sermons précédents, j’aimerais discuter de deux autres sujets importants concernant les futurs programmes de Khuddamul Ahmadiyya. J’ai déjà mentionné sept principes essentiels.
Le huitième point est que la santé a un effet particulier sur le cerveau. Il existe des milliers de tâches liées à la santé physique qui ne font pas partie de la religion. Il ne fait aucun doute qu’une personne peut exercer son esprit tout en restant alitée, mais certains types de troubles de santé peuvent également entraîner des troubles mentaux. Tout le monde n’est pas doté d’un cerveau capable de fonctionner normalement lorsqu’il est malade ; c’est un sujet complexe, et ce n’est pas le moment d’en discuter en détail. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la santé n’est pas uniquement liée aux maladies des membres, mais bien plus à la force intérieure.
La force du corps humain se divise en deux aspects : d’une part, les maladies extérieures affectant les membres, et d’autre part, la résistance ou la santé générale du corps. Parfois, cette résistance est naturellement si forte que même les maladies ne peuvent l’affaiblir. Dans ce cas, le cerveau humain peut fonctionner dans toutes les conditions. Cependant, dans certains cas, le seuil de résistance est faible, et des maladies apparentes sont également présentes. Une telle personne, lorsqu’elle tombe malade, perd ses capacités mentales. Il est courant qu’une personne avec une résistance moyenne voie son esprit affecté par une détérioration de la santé. À tout le moins, de la paresse, de l’indolence et un manque de détermination apparaissent inévitablement. Ce sont des éléments qui, s’ils surgissent dans une nation, entraînent des conséquences dangereuses.
Il est évident que, quelle que soit la résistance, une personne ne peut accomplir certaines tâches en raison de la maladie. Par exemple, si la vue est faible, peu importe la force mentale, une personne ne sera pas apte à combattre et sera jugée inapte à intégrer l’armée, car elle ne possède pas la force nécessaire pour ce rôle. C’est un point très important à garder à l’esprit, particulièrement durant l’enfance.
L’habitude de faire de l’exercice, inculquée dès l’enfance, vise à créer un sentiment de bien-être, à maintenir l’agilité du corps, à corriger les membres et à renforcer la détermination. L’exercice provoque la transpiration, qui élimine de nombreuses toxines. Ainsi, négliger totalement l’activité physique et limiter un enfant uniquement au travail intellectuel affaiblit son cerveau. Les sports et l’exercice sont inhérents à la nature humaine pendant l’enfance pour développer la force d’endurance.
C’est pourquoi le Saint Prophète (que la paix soit sur lui) a dit : « Un enfant reste un enfant même s’il doit devenir prophète à l’avenir. » Même s’il deviendra prophète quelques années plus tard, pendant son enfance, ses désirs seront ceux associés à l’enfance. Il jouera, sautera et traversera toutes les étapes par lesquelles les enfants passent habituellement. Un enfant doit passer par les besoins propres à l’enfance, indépendamment de ce qu’il deviendra à l’âge adulte. Une telle condition ne peut être source d’objection plus tard dans la vie. À cet âge, l’éducation (tarbiyya) d’un enfant à travers l’exercice est très importante, et il est dangereux de le limiter uniquement au travail intellectuel. La meilleure façon de former un enfant à cet âge est de lui enseigner à travers les jeux.
Tout d’abord, lorsqu’un enfant est très jeune, il est nécessaire de faire sa Tarbiyyat (éducation morale et spirituelle) à travers des histoires. Pour un adulte, de simples exhortations suffisent. Cependant, les histoires sont essentielles pour capter l’intérêt durant l’enfance. Il n’est pas indispensable que ces histoires soient fictives. Le Messie Promis (paix sur lui) avait l’habitude de nous raconter des histoires. Parfois, il nous racontait l’histoire du prophète Joseph (paix sur lui), parfois celle du prophète Noé (paix sur lui) et parfois celle du prophète Moïse (paix sur lui). Ces récits étaient pour nous des histoires, bien qu’ils soient vrais. Il nous racontait également une histoire tirée des Mille et Une Nuits sur une personne jalouse et celle qu’elle enviait. Que ces histoires soient vraies ou fictives, elles contenaient toujours une leçon utile. De même, nous avons entendu de nombreuses maximes sous forme d’histoires narrées par le Messie Promis (paix sur lui). Ainsi, les histoires sont la meilleure source d’éducation pendant l’enfance.
Bien qu’il existe des histoires futiles et sans signification, il y en a aussi qui enseignent la morale et sont éducatives. Grâce à elles, les jeunes enfants peuvent apprendre. Par ailleurs, lorsqu’un enfant progresse un peu, le meilleur moyen de continuer son éducation et son entraînement est par le biais des sports. Ce qui est enseigné dans les livres peut être mis en pratique à travers les sports. L’âge des histoires est plus bas que celui des sports. Aucun sage ne confierait jamais la responsabilité de raconter des histoires à une personne ignorante ou à des enfants eux-mêmes. Au contraire, de grands experts de chaque nation se consacrent à cette tâche. Les meilleurs auteurs du monde, qui gagnent des millions, écrivent des fictions, bien que beaucoup d’histoires soient désormais destinées aux adultes. En réalité, même si ces fictions s’adressent aux adultes, elles sont liées à l’enfance. Cela s’explique par le fait qu’à un moment ou un autre, même les adultes traversent des phases semblables à celles de l’enfance. À ces moments-là, ils sont attirés par les histoires parce que leur esprit n’est pas en mesure d’apprendre de manière sérieuse, et ils souhaitent alors découvrir le monde et acquérir des connaissances à travers les récits.
Il s’agit donc d’un état similaire à celui de l’enfance, et les esprits les plus brillants d’une nation se consacrent à cette tâche. Cela ne doit pas être laissé aux moins instruits ou aux ignorants. Cependant, il est surprenant que pour superviser la phase suivante de l’éducation, qui est celle des sports, où il est nécessaire d’enseigner par ce biais et où l’enfant pose les bases les plus solides de son savoir, les enfants soient confiés à des personnes ignorantes, incapables de comprendre même la nature humaine. Cela revient à confier à un excellent tailleur la réalisation des vêtements d’un enfant, puis, lorsqu’il grandit et commence à fréquenter la société, à lui faire coudre ses vêtements par un villageois. Pourtant, les vêtements d’un jeune enfant ont moins d’importance, tandis que ceux d’un adulte, qui doivent être choisis avec soin, sont soumis à des restrictions dictées par la loi, la santé ou les règles de la société. Il serait donc étrange de confier la couture des vêtements d’un adulte à une personne inexpérimentée, alors que l’on aurait choisi un tailleur de renom pour un enfant.
Pendant l’enfance, la première étape consiste à éduquer l’enfant par le biais d’histoires afin de susciter son intérêt. C’est un consensus mondial que cette tâche doit être confiée à des personnes dotées des capacités mentales les plus élevées, et nous ne pouvons négliger cette question. Il est considéré comme essentiel et approprié de raconter des histoires d’une manière qui permette aux enfants d’en tirer le maximum de bénéfices. Ces récits doivent élever leur morale, les inspirer et leur inculquer un sens de la détermination et du patriotisme. Cependant, il est étonnant que l’humanité n’ait pas pleinement réalisé l’importance de la phase suivante, qui est plus cruciale, celle de l’âge des sports, qui devrait également être supervisée par des personnes hautement compétentes.
On considère généralement que les histoires destinées aux enfants doivent être conçues par des esprits brillants et des personnes talentueuses, et qu’elles doivent leur apporter un grand bénéfice. Cependant, l’âge du jeu n’est pas pris aussi sérieusement en considération. On dit que le jeu et le sport sont des activités d’enfants et qu’il n’est pas approprié pour les adultes de s’y intéresser. Pourtant, si l’on considère que les histoires sont limitées à l’enfance, alors le jeu pourrait aussi être vu de la même manière. Si l’on fait preuve de précaution dans la narration d’histoires à un jeune âge, pourquoi ne pas être encore plus attentif au choix des activités pour les enfants plus âgés ?
L’éducation dispensée à cet âge, où les enfants jouent, est bien plus importante que celle liée aux histoires. C’est pourquoi je conseille à la Khuddamul Ahmadiyya de veiller à ce que cette période de l’enfance, consacrée aux jeux et aux sports, soit rendue aussi bénéfique que possible. Il est essentiel de promouvoir des jeux qui profitent non seulement au corps, mais aussi à l’esprit, afin que les enfants puissent en tirer des bénéfices à long terme. Trois éléments sont à garder à l’esprit :
Un sport réunissant ces trois qualités ne devrait pas être considéré simplement comme un loisir, mais comme une forme d’éducation avancée, aussi importante pour les étudiants que les livres. Lorsque je dis qu’il faut encourager les jeux utiles à la formation mentale, je veux dire que l’intérêt des enfants doit également être préservé. Il ne s’agit pas de transformer ces activités en un exercice philosophique ou d’obliger les enfants à y participer. Si tel était le cas, cela n’aurait aucun effet positif sur leur développement mental ni sur leur forme physique.
J’ai souvent souligné que cette tâche peut être accomplie facilement si le département des sports est géré de manière à respecter ces trois principes. Premièrement, les jeux doivent être utiles non seulement dans l’enfance, mais également à l’âge adulte. Ils doivent posséder les qualités bénéfiques des jeux pour enfants tout en renforçant à la fois l’esprit et le corps.
Le but principal des histoires racontées aux enfants est souvent de les calmer, d’éviter qu’ils ne fassent du bruit, ou de ne pas perturber le temps des parents. Cependant, si ces histoires peuvent également être utiles pour leur avenir, elles deviennent d’autant plus excellentes. Le Messie Promis (paix sur lui) nous racontait des histoires dont les bienfaits étaient visibles non seulement sur le moment mais aussi plus tard. Si ces histoires n’avaient pas été racontées, nous aurions continué à faire du bruit, et il n’aurait pas pu travailler. Il était donc nécessaire de nous calmer avec des histoires, ce qu’il faisait dès qu’il en avait l’occasion. Cela nous captivait, et nous finissions par nous endormir, lui permettant ainsi de poursuivre son travail.
Un enfant ne comprend pas l’ampleur des tâches accomplies par ses parents. Il crée une agitation à moins qu’il ne soit distrait. Le but des histoires est de l’apaiser pour qu’il s’endorme, permettant aux parents de travailler sans être dérangés. Tout le monde reconnaît cette utilité temporaire. Même si l’histoire racontée est insignifiante, l’objectif principal est atteint : l’enfant s’intéresse suffisamment pour se perdre dans le récit, puis s’endort. Cependant, nous ne devrions pas nous contenter de cela. Nous devrions nous efforcer de raconter des histoires qui non seulement répondent à un besoin immédiat, mais qui profitent également aux enfants dans leur vie future.
Si nous appliquons ce niveau d’effort et d’attention à la narration, il est incohérent de laisser les enfants jouer à leur guise sans direction. Si nous pensons que les histoires doivent être éducatives et non simplement distrayantes, pourquoi ne pas appliquer le même principe aux jeux ? Pourquoi ne pas encourager les enfants à jouer à des jeux qui renforcent leur corps, développent leur esprit et leur enseignent des leçons précieuses pour l’avenir ?
Lors de l’occasion de la Jalsa Salana, j’ai mentionné que la natation est souvent considérée comme un simple sport. Si des compétitions sont organisées, elles pourraient susciter beaucoup d’intérêt. Les gens participent à des concours de plongée avec tant d’enthousiasme qu’ils en viennent à considérer cela comme l’objectif de leur vie. Pour les enfants, la natation peut être tout aussi excitante que le football, le cricket ou le hockey, et elle peut leur être utile à l’avenir. Par exemple, si quelqu’un voyage en bateau et que celui-ci chavire, il aura la capacité de sauver sa vie. Ou bien, si une personne est assise sur la rive occupée à une tâche quelconque et qu’elle remarque quelqu’un en train de se noyer, elle pourra lui porter secours.
Ainsi, la natation n’est pas seulement un sport pour l’enfance, mais une compétence qui s’avérera utile tout au long de la vie. Par exemple, elle peut faciliter l’intégration dans la marine ou être avantageuse pour la navigation. C’est donc une activité qui transcende l’enfance et apporte des bénéfices à toutes les étapes de la vie.
Il en va de même pour le tir à l’arc et le tir avec une fronde, qui sont tous deux des activités physiques. Les enfants qui partent à la chasse parcourent de longues distances, respirent de l’air frais et renforcent leur corps. Le tir avec une fronde fortifie le corps. On peut organiser des compétitions pour voir qui tire une flèche ou lance un projectile le plus loin. Plus la fronde est résistante et flexible, plus le projectile peut parcourir une grande distance, mais cela exige une grande force. Plus une personne est forte, plus elle peut tendre la fronde et tirer loin. Cela constitue également une excellente forme d’exercice.
La chasse, par exemple, implique de marcher beaucoup, offrant ainsi l’opportunité de respirer de l’air frais, ce qui est bénéfique pour toute la vie. De plus, ceux qui apprennent à utiliser une fronde acquièrent naturellement des compétences pour tirer avec une arme à feu. Lorsque nous étions enfants, nous utilisions des arcs à plomb, et je ne me souviens pas que quelqu’un m’ait appris à manier une arme à feu. La première fois que j’ai tiré, Sheikh Abdul Rahim Sahib avait emprunté une arme quelque part. J’étais très jeune à l’époque, et c’était mon premier tir. Il tenait l’arme derrière moi pendant que je tirais. Bien que je sois tombé à cause du recul, l’animal que je visais est également tombé. Je suis tombé sur place et l’animal au loin.
J’ai vu des personnes s’engager dans l’armée et être constamment réprimandées par leurs officiers parce qu’elles ne savent pas viser correctement. La raison en est qu’elles n’ont pas pratiqué d’activités durant leur enfance pour affiner leur précision. Si un enfant s’habitue au tir à l’arc ou au tir avec une fronde, son adresse sera naturellement bonne lorsqu’il utilisera une arme à feu.
En outre, ces activités sont bénéfiques pour la santé d’un enfant. Respirer de l’air frais peut être revitalisant, l’esprit s’éclaircit, et ce sport peut devenir une compétence précieuse en grandissant. Le tir à l’arc et la natation, par exemple, ne sont pas seulement des loisirs, mais des moyens d’enseigner des compétences pratiques, de renforcer la santé et de former l’esprit pour l’avenir.
La course à pied est un sport très intéressant en soi. Les compétitions de course, qui renforcent les jambes, sont extrêmement bénéfiques. Certaines activités sportives peuvent fortifier une partie du corps tout en affaiblissant une autre, mais la course est avantageuse à la fois pour les jambes et pour l’abdomen. Les personnes habituées à courir régulièrement n’ont pas de gros ventre. Ce n’est pas seulement un sport, mais également une activité utile tout au long de la vie.
Un soldat, par exemple, peut poursuivre un ennemi ou, en cas de retraite nécessaire, sauver sa propre vie grâce à cette habitude. Parfois, des voleurs s’échappent avec des biens volés parce qu’ils sont habitués à courir, tandis que les villageois, à bout de souffle, ne peuvent les suivre faute de forme physique. Si l’on pratique régulièrement la course, il devient possible de rattraper ces voleurs. De nombreuses situations dans la vie démontrent que l’habitude de courir peut s’avérer précieuse.
Il existe également de nombreux autres sports qui présentent des avantages similaires. Lors d’une Jalsa organisée au Boarding High School il y a deux ou trois jours, j’ai détaillé plusieurs sports qui peuvent contribuer au développement mental, tout en remplissant leur rôle de loisirs et en restant bénéfiques pour l’avenir. Je ne peux pas tous les décrire ici, mais je vais en donner quelques exemples.
Par exemple, il existe certains jeux dans notre pays qui pourraient grandement contribuer au développement mental, mais dont le plein potentiel n’est pas exploité. Un de ces jeux d’enfance consiste à ce qu’un enfant s’asseye les yeux fermés et les jambes tendues. Un autre enfant se place derrière lui et couvre ses yeux avec ses mains. Ensuite, les autres enfants passent un par un par-dessus ses jambes, et celui qui est derrière lui demande qui vient de passer. Celui qui devine ne peut pas toucher celui qui passe : il doit deviner uniquement au bruit des vêtements. Si l’enfant devine correctement, il gagne ; sinon, il perd.
Ce jeu, bien qu’il soit destiné aux jeunes enfants, contient une grande sagesse. Il renforce l’ouïe et la vigilance. Une personne qui apprend à reconnaître un individu simplement au bruit de ses vêtements ou par la réflexion peut être d’une grande utilité, notamment pour la police ou les scouts. Si une telle personne rejoint la police, elle sera vraiment très performante.
En conclusion, ce jeu simple démontre comment les sports ou jeux traditionnels peuvent avoir des applications pratiques et éducatives, en développant des compétences spécifiques qui restent utiles dans la vie adulte. Il est donc crucial de ne pas sous-estimer l’importance de ces activités pour le développement global des enfants.
Il existe un jeu où une personne arrive par derrière et couvre les yeux d’une autre avec ses mains. Celui dont les yeux sont couverts doit essayer de deviner qui est derrière lui en touchant ses mains. Ce jeu permet de s’entraîner à identifier une personne par le toucher. Ce type d’exercice était également pratiqué par le Saint Prophète (paix et bénédictions sur lui).
Un hadith rapporte qu’un compagnon, qui était très laid et peu attirant, avait un corps court et couvert de longs poils. Un jour, il travaillait sur le marché, transpirant abondamment et très agité à cause de la chaleur. Il semblait sur le point de provoquer une dispute. Le Saint Prophète (paix et bénédictions sur lui), voyant son état, voulut le réconforter. Il s’approcha de lui par derrière et couvrit ses yeux avec ses mains, l’invitant à deviner qui il était. Le compagnon passa ses mains sur les mains bénies du Saint Prophète. Reconnaissant la douceur de son corps, il comprit de qui il s’agissait. En plaisantant, il se frotta contre la personne bénie du Saint Prophète et dit : « Ô Messager d’Allah, je vous ai reconnu ! »
Ce jeu, s’il est pratiqué correctement, peut constituer un exercice utile et bénéfique pour les enfants. Ces jeux permettent de développer des capacités physiques et mentales, au point que les participants peuvent acquérir des compétences remarquables. J’ai souvent mentionné qu’il existe en Amérique un peuple appelé les Indiens rouges (Red Indians). Ce nom leur a été donné par les premiers colons européens qui croyaient être en Inde. Ces personnes ont une peau légèrement rougeâtre, d’où leur nom. Les Indiens rouges avaient développé une ouïe exceptionnelle. Dans le passé, on les engageait comme guides dans les forêts, ou pour traquer les voleurs et brigands.
On raconte qu’ils pouvaient, en posant une oreille au sol, détecter l’approche de chevaux venant de deux ou trois miles de distance et indiquer la direction. Ce n’était pas un miracle, ni une qualité surnaturelle, mais simplement le fruit de la pratique. En exerçant régulièrement leur ouïe, ils avaient acquis une telle expertise qu’ils pouvaient percevoir ce qui échappait aux autres. Par exemple, ils pouvaient aider des voleurs à fuir en détectant la présence de poursuivants à une distance suffisante. Si une personne essaie de se cacher après avoir été repérée, il serait presque impossible de lui échapper, sauf si elle dispose d’informations à l’avance, permettant de fuir avant que les cavaliers n’arrivent.
De même, l’exercice des sens tels que la langue, le nez et les oreilles peut être extrêmement bénéfique. Ces exercices renforcent également l’intelligence, qui est essentiellement une forme d’éveil des sens. Des jeux peuvent être conçus pour affiner ces capacités. En réalité, nos aînés ont déjà inventé des jeux qui, bien qu’étant des jeux, apportent des bienfaits significatifs pour la vie future.
La Khuddamul Ahmadiyya devrait inclure des jeux similaires dans leur programme et les promouvoir au sein de la communauté. Lors de la Jalsa Salana, j’ai mentionné que la Jama’at devrait accorder une attention particulière à l’exercice physique. Je confie désormais cette mission à la Khuddamul Ahmadiyya, car elle concerne principalement la jeunesse. Ils devraient lancer cette initiative à Qadian et dans d’autres lieux. Après consultation avec moi, ils devraient élaborer des plans pour introduire des jeux dans la Jama’at qui soient utiles tout au long de la vie.
Le neuvième point sur lequel je souhaite attirer l’attention de la Khuddamul Ahmadiyya concerne la diffusion du savoir. J’ai déjà souligné qu’il est de leur devoir d’acquérir des connaissances. Cependant, il est également important de se rappeler que le fait d’atteindre la vertu ne suffit pas à sauver une personne si cette vertu ne s’étend pas à son environnement. Peu importe à quel point vous habituez votre enfant à dire la vérité, s’il vit dans un voisinage où les autres enfants mentent, il ne pourra jamais rester totalement véridique. De la même manière, les Khuddams ne peuvent pas tirer pleinement profit de leur éducation s’ils ne s’efforcent pas également de promouvoir l’éducation autour d’eux.
Depuis quelque temps, je leur ai confié la tâche de s’assurer qu’il ne reste aucun illettré à Qadian. Une fois cette mission accomplie, elle sera étendue à d’autres endroits. Cependant, ils ne m’ont pas envoyé de rapport à ce sujet depuis un certain temps, ce qui fait que je ne peux pas confirmer si cet effort est en cours ou non. Cette tâche est d’une telle importance qu’ils auraient dû comprendre qu’un rapport hebdomadaire était nécessaire.
Aujourd’hui, je leur confie de nouveau cette mission et les exhorte à reprendre ce travail à Qadian et à l’étendre par la suite dans d’autres localités. Ils doivent s’efforcer de s’assurer que, dans un délai de deux ans, il ne reste aucune personne illettrée, qu’il s’agisse d’une femme, d’un homme, d’un enfant ou d’un aîné Ahmadi. Tout le monde devrait être alphabétisé.
Pour cela, un niveau de base doit être établi et tous doivent recevoir une éducation correspondant à ce standard minimal. La Khuddamul Ahmadiyya doit prendre cette mission au sérieux et la considérer comme une priorité, car l’éducation est une clé essentielle pour l’épanouissement individuel et collectif.
Il convient de se rappeler que tant que la connaissance ne deviendra pas accessible à tous, la Jama’at ne pourra pas tirer pleinement profit de son potentiel. De nos jours, la connaissance est principalement contenue dans des livres, alors qu’autrefois, elle était apprise par cœur. Dans les temps anciens, le savoir était transmis oralement, tandis qu’aujourd’hui il est acquis à travers la lecture. Ainsi, la Khuddamul Ahmadiyya doit s’assurer que chaque Ahmadi sait lire et écrire.
La mémorisation faisait partie intégrante de la tradition arabe et était si profondément enracinée que chaque étudiant devait mémoriser certains ouvrages de grammaire et de syntaxe. Par le passé, il était indispensable pour les savants de mémoriser le Saint Coran. Les Muhaddithin (spécialistes des hadiths) devaient mémoriser les ahadith, les poètes leurs poèmes, les grammairiens les livres de grammaire et de syntaxe, et les juristes les ouvrages de jurisprudence. Cependant, à notre époque, il n’est même plus jugé nécessaire de mémoriser le Saint Coran, car les livres sont largement disponibles et peuvent être consultés en cas de besoin. Autrefois, cependant, l’accès limité aux livres rendait la mémorisation essentielle.
À cette époque, il était considéré comme une faiblesse de devoir écrire un livre, car cela indiquait un manque de mémoire. Un poète dont les poèmes étaient écrits était dévalué, car cela signifiait que ses vers n’étaient pas suffisamment estimés pour être mémorisés. Pour cette raison, des hommes accompagnaient les grands poètes pour mémoriser leurs œuvres. Ces hommes étaient appelés rawiya (narrateurs) et, grâce à leur attention et à leur pratique, leur mémoire devenait si performante que certains mémorisaient des centaines de milliers de vers.
Une célèbre histoire d’Iran illustre ce point. À cette époque, l’arabe était la langue dominante dans les pays islamiques. Un roi, généreux par nature, récompensait somptueusement les poètes qui récitaient leurs œuvres devant lui. Cependant, son vizir, inquiet de l’épuisement du trésor, lui conseilla de n’honorer que les poètes capables de réciter cent mille vers de mémoire. Le roi approuva cette suggestion, et il fut annoncé que seul un poète ayant mémorisé cent mille vers serait récompensé.
Cette condition était difficile à remplir. Certains poètes connaissaient cinq mille vers, d’autres dix mille, quinze mille, ou quarante mille. En conséquence, de nombreux poètes ordinaires n’eurent plus accès à la cour royale et sombrèrent dans la pauvreté, mettant en péril la littérature et la culture du pays. Inquiets, les citoyens allèrent voir un grand poète renommé, connu pour vivre reclus, et lui demandèrent de plaider leur cause auprès du roi. Ce poète, bien que fier et se considérant comme un roi de la littérature, accepta leur requête par amour pour les lettres et se rendit auprès du roi.
Lorsqu’il arriva au palais, les courtisans lui demandèrent son nom, marquant ainsi le début de son intervention dans ce qui allait devenir une étape clé pour préserver et valoriser la littérature de l’époque.
Le poète refusa de révéler son nom aux courtisans et leur demanda simplement de transmettre au roi qu’un poète souhaitait le rencontrer. Les courtisans lui répondirent qu’un poète ne pouvait être admis en présence du roi que s’il était capable de réciter au moins cent mille vers. Ils ajoutèrent qu’ils devaient d’abord l’examiner et, s’il réussissait, il pourrait entrer dans la cour du roi, sinon l’entrée lui serait refusée.
Le poète leur demanda alors de retourner auprès du roi et de lui poser une question : « Dans quelle catégorie de cent mille vers Sa Majesté souhaite-t-elle que je récite ? Préfère-t-elle la poésie de l’époque islamique ou de l’époque de l’ignorance ? La poésie des hommes ou celle des femmes ? Je peux réciter cent mille vers dans chaque catégorie. »
Quand ces mots parvinrent au roi, celui-ci comprit immédiatement de qui il s’agissait. Il dit le nom du poète à haute voix et, convaincu que c’était bien lui, il se précipita pieds nus à sa rencontre. En arrivant, il demanda au grand poète en quoi il pouvait lui être utile. Le poète répondit : « La condition que vous avez imposée est source d’injustice et nuit à la littérature de notre pays. Sous cette condition, seuls des poètes d’exception peuvent entrer en votre présence, et ces poètes n’ont pas besoin de votre aide. Pourquoi viendraient-ils à votre cour ? Ils peuvent très bien gagner leur vie en restant chez eux. Par conséquent, Votre Majesté devrait annuler cet ordre. »
Le roi répondit qu’il annulait effectivement ces instructions et ajouta que lorsqu’il avait promulgué cet ordre, son intention secrète était que le grand poète viendrait demander son annulation.
En résumé, dans les temps anciens, en raison de l’importance accordée à la mémorisation, il existait des personnes capables de retenir des centaines de milliers de vers. On raconte qu’Imam Shafi’i avait mémorisé le Saint Coran à l’âge de cinq ans. Cette emphase généralisée sur la mémorisation aiguisait tellement les mémoires que les gens pouvaient retenir des mots après les avoir entendus une ou deux fois seulement.
Cependant, à notre époque, en raison de la large disponibilité des livres, l’acuité de la mémoire est négligée. C’est pourquoi la Khuddamul Ahmadiyya devrait, dans le cadre de ses programmes, accorder une importance particulière à la mémorisation. Ils doivent comprendre qu’à moins qu’il n’y ait une inclination collective pour cela, les efforts de quelques individus ne suffiront pas à produire des résultats significatifs. Autrefois, les gens étaient considérés comme des savants en fonction de leur capacité de mémorisation, tandis qu’aujourd’hui, ils sont considérés comme tels en fonction de leurs connaissances livresques.
Il est donc impératif que chaque membre de la Communauté sache lire et écrire. Le Saint Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) attachait une grande importance à cette question. Lors de la bataille de Badr, les prisonniers qui ne pouvaient pas payer leur rançon furent libérés s’ils enseignaient à dix enfants à lire et écrire. Une fois qu’ils avaient formé dix enfants, ils recouvraient leur liberté.
La Khuddamul Ahmadiyya doit donc diffuser la connaissance et l’apprentissage. S’ils réussissent dans cette entreprise, les valeurs morales de la Communauté s’élèveront également. Une fois alphabétisés, les membres pourront lire les ouvrages du Messie Promis (paix sur lui), des livres religieux, des livres de Tassawuf (mysticisme islamique), et leur temps ne sera plus gaspillé. En lisant, leur esprit s’aiguisera et leurs valeurs morales s’élèveront.
Voici les neuf idéaux que je présente à la Khuddamul Ahmadiyya, avec l’espoir qu’ils les considèrent comme des objectifs prioritaires, qu’ils y consacrent leur travail et leurs efforts, et qu’ils s’engagent pleinement à leur réalisation. Bien qu’il existe de nombreux autres sujets à aborder, le temps m’empêche d’en discuter davantage pour le moment, et je me limiterai à ces points essentiels.
Cette semaine, j’ai reçu une demande de la Khuddamul Ahmadiyya exprimant leur souhait de me rencontrer pour recevoir des conseils détaillés. Ils pourront venir me voir et obtenir des orientations précises. Quant à un plan pratique et aux méthodes de travail, ces aspects relèvent directement de leur responsabilité. Par conséquent, lorsque nous nous rencontrerons, je discuterai de ces points avec eux.
Je nourris l’espoir qu’ils travailleront avec détermination et persévérance, en adoptant une approche qui unisse l’ensemble de la Jama’at. C’est dans cet esprit que j’ai donné ces sermons. Un petit groupe de personnes n’a pas besoin à lui seul d’une série aussi longue de sermons. La Khuddamul Ahmadiyya doit donc s’efforcer de mener ses activités de manière à impliquer toute la Jama’at et à en faire des initiatives durables.
Je leur souhaite un succès continu et prie pour qu’ils accomplissent leur mission avec foi et sérieux, en servant la Communauté et en établissant des efforts qui porteront des fruits pour les générations futures.
(Ijtema National, 6 février 1941)