LA FOI DOIT REPOSER SUR LA CERTITUDE

(Sermon du vendredi, 1er novembre 1940)

Je souhaite attirer l’attention des membres de la Communauté sur un autre sujet. Il y a quelques jours, un membre de notre Jama’at m’a écrit pour relater un incident survenu alors qu’il traversait un marché. Un opposant tenta de lui remettre un tract, ce qu’il refusa. Mais l’homme insista, affirmant : « Vous devriez écouter ce que nous avons à dire et ne pas refuser ces tracts. »

L’Ahmadi poursuivit en suggérant que je fasse une annonce générale afin d’interdire aux membres de notre Communauté de lire les écrits de tels individus, car, selon lui, cela pourrait influencer les plus vulnérables d’entre nous et entraîner du désordre.

J’ai déjà exprimé mon avis sur cette question, mais je tiens à le réitérer. Je crois fermement que, dans les lieux publics ou dans les espaces où aucun groupe n’a de droits exclusifs — c’est-à-dire qu’il n’y a pas de concentration particulière d’un groupe donné, ni de menace à l’ordre public — chacun a le droit de faire connaître ses idées librement.

Si nous interdisons à autrui cette liberté, cela impliquerait que, dans d’autres contextes, si un Ahmadi distribue des tracts et qu’on l’en empêche ou qu’on refuse de les lire, alors nous devrions considérer cette réaction comme légitime. Or, si un Ahmadi propose un tract et que l’interlocuteur le refuse, cela relève simplement de la liberté individuelle. Néanmoins, nous distribuons bien des tracts, et le droit que nous revendiquons à cet effet doit également être accordé aux autres.

Le but de la religion est d’instaurer la paix, non le désordre. Et si nous estimons être les porteurs de la véritable religion, alors nous devons accorder au monde cette liberté essentielle sans laquelle aucun progrès n’est possible. C’est un droit fondamental : celui qui reçoit un tract est libre de l’accepter ou de le refuser.

Supposons, par exemple, qu’une personne ait déjà les mains chargées de livres ou d’autres objets ; elle peut alors dire qu’elle ne peut pas prendre le tract à ce moment-là. Il se peut également qu’elle ait déjà lu la publication en question, auquel cas elle peut refuser poliment en disant qu’elle n’en a pas besoin. De même, si elle manque de temps pour lire, elle peut invoquer cette excuse pour décliner.

Mais si quelqu’un souhaite transmettre un message, persuadé que les autres suivent une voie erronée, et qu’il considère comme son devoir de les corriger — si son intention est véritablement sincère et qu’il distribue ses écrits par bienveillance et souci de réforme — alors rien ne justifie que nous l’en empêchions, ni que nous interdisions à nos membres de lire ces écrits.

Ce que l’islam réprouve, et que nous désapprouvons également, c’est la création de désordre à travers la diffusion de certains contenus. Nous n’aimons pas non plus que quelqu’un se lève en pleine nuit pour coller des caricatures sur les murs. Si une telle personne a du courage et de la franchise, pourquoi ne soumet-elle pas sa plainte à son propre conseil, à son organisation, à sa nation ou à ses anciens ? Pourquoi ne les informe-t-elle pas d’un problème à résoudre ? Cela prouve que ses accusations sont sans fondement, et celui qu’elle accuse reste seul à se demander où est passée cette personne après avoir semé le trouble. Voilà les comportements que nous rejetons.

Cependant, je tiens à affirmer clairement que remettre un tract à quelqu’un n’est en rien un acte blâmable — à condition qu’il ne contienne pas de propos injurieux et que l’intention ne soit pas de provoquer le désordre. Si l’on interdisait une telle pratique, jamais la religion ne pourrait se répandre dans le monde.

Les opposants au Saint Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) ne supportaient pas d’entendre son message. Mais cela leur donnait-il le droit de l’empêcher de le transmettre ? À cette époque, il n’existait pas encore d’imprimerie. Aujourd’hui, les non-Ahmadis ont-ils le droit de demander au Messie Promis (que la paix soit sur lui) : « Pourquoi diffusez-vous votre message parmi nous ? » Interdire cela est pure absurdité.

Chaque nation a le droit de propager ses croyances dans le monde de la meilleure manière possible, que ce soit par des tracts ou des brochures. Il revient à la personne à qui le message est destiné de choisir si elle souhaite le lire ou non. Mais personne n’a le droit d’empêcher autrui de le diffuser.

Ceci est un principe que j’ai évoqué concernant la distribution de littérature. Toutefois, je ne m’en tiens pas à ces seules paroles : j’irai même plus loin en affirmant que confiner une nation dans une cave revient à lui manifester une hostilité extrême, c’est comme trancher les racines mêmes de sa réussite. Une nation enfermée dans une cave ne pourra jamais progresser, ni jamais atteindre le respect ou une position honorable.

Nous avons souvent observé que ceux qui élèvent leurs enfants dans un environnement excessivement protecteur, en leur répétant constamment de faire attention, de ne pas sortir, de ne pas fréquenter certaines personnes, ces enfants, certes, peuvent sembler préservés tant que leurs parents sont là. Mais dès que l’ombre protectrice des parents disparaît, ils se révèlent parfois profondément corrompus. Car leurs désirs, longtemps réprimés, les poussent à se demander pourquoi leurs parents les ont empêchés de fréquenter telle ou telle personne. Il en résulte que, lorsque les parents ne sont plus là — et que ces désirs contenus depuis longtemps se libèrent — ils se précipitent vers ces mêmes personnes avec un tel empressement et un tel attachement qu’ils se perdent très rapidement.

À l’inverse, un autre garçon, sur lequel on garde un œil attentif sans pour autant lui interdire de rencontrer certaines personnes, en les côtoyant, observe de lui-même leurs dérives et leurs conséquences. Il évite alors de commettre les mêmes erreurs. Il développe en général un caractère solide, à l’épreuve des manipulations d’autrui.

L’une des causes majeures du déclin des musulmans réside dans leur négligence à étudier les autres religions. On constate souvent que les musulmans refusent de lire un livre écrit par un chrétien. Ils ne liront pas un ouvrage rédigé par un hindou, ni par un adepte d’une autre foi. Ils se limitent aux livres de leur propre tradition religieuse. Le résultat, c’est que ne connaissant ni les arguments des chrétiens, ni ceux des hindous, ils deviennent des proies faciles lorsque ceux-ci abordent un débat religieux.

Les chrétiens, quant à eux, lisent très attentivement les ouvrages des autres religions, et, aussi puissants que soient les arguments qu’on leur présente, cela ne les ébranle pas. Ainsi, au lieu de condamner la publication de tels écrits ou de recommander à la Communauté de ne pas les lire, j’insiste au contraire pour qu’elle les lise attentivement durant son temps libre. Car si vous ne savez même pas ce que dit votre opposant, comment pouvez-vous lui répondre ?

Si certains membres de la Communauté sont si faibles qu’à la lecture d’un seul livre écrit par un adversaire ils perdent la foi, alors à quoi bon les conserver parmi nous ? Comme le dit un poète avec une pointe de satire :

                                          کیا ڈیڑھ چلو پانی سے ایمان بہ گیا

Une simple gorgée de vin suffirait-elle à noyer ma foi ?

Bien sûr, il a fait référence à une boisson illicite, en posant la question de savoir comment le fait d’en consommer une infime quantité pourrait le priver de sa foi. Mais lorsqu’il s’agit de choses qui ne sont pas interdites, comment peut-on imaginer qu’il existe, au sein de notre Communauté, ne serait-ce qu’une seule personne dont la foi puisse être balayée par la lecture d’un simple feuillet, d’un seul tract, voire même d’un livre entier rédigé par nos opposants ? Et si jamais cela arrivait, cela ne signifierait qu’une chose : nous ne l’avons pas suffisamment familiarisée avec les arguments qui prouvent la véracité de l’Ahmadiyya.

La réalité, c’est que lorsqu’une nation cesse de lire la littérature des autres, elle devient paresseuse dans l’accomplissement de sa responsabilité éducative envers ses membres. Les gens de cette nation se disent : « Puisque nous avons empêché chacun de lire les écrits extérieurs, comment pourraient-ils être influencés ? » Ainsi, ils tentent de proposer une voie rapide vers la réforme. Or, il n’existe pas de chemin plus dangereux et plus destructeur que celui-là.

Lorsque nous permettons aux membres de notre Communauté de lire également la littérature d’autrui, cela nous oblige nécessairement à demeurer vigilants quant à la nécessité de clarifier les idées fausses véhiculées ailleurs, et de leur enseigner les preuves qui permettent de réfuter ces erreurs. En revanche, si nous interdisons simplement la lecture de la littérature étrangère, alors nous finirons inévitablement par négliger cet aspect fondamental de l’enseignement, et nous perdrons ce souci constant d’instruire nos membres sur les preuves nécessaires pour réfuter les objections.

Supposons que nous interdisions à chaque membre de la Communauté de lire la littérature extérieure. Or, les arguments en faveur de la croyance selon laquelle Jésus serait encore en vie ne se trouvent que dans les ouvrages de nos opposants. Cela signifie donc que ces arguments resteront inconnus de nos membres, et que ces derniers ne sauront pas comment y répondre. Par conséquent, nous ne pourrons pas non plus leur enseigner de manière approfondie les preuves de la mort de Jésus, puisque ce besoin ne surgit que face à l’idée contraire, à savoir que Jésus serait toujours vivant.

En revanche, si les opposants avancent régulièrement des arguments affirmant que Jésus est vivant, et que ces discours circulent au sein de notre Communauté, alors il deviendra nécessaire de présenter clairement les preuves de sa mort. De la même manière, si nous disons qu’aucun livre abordant la question de la prophétie écrit par un opposant ne doit être lu, il en résultera que nous nous relâcherons dans l’effort d’expliquer à nos membres les arguments qui étayent notre position.

Par ailleurs, ceux qui croient en la mort de Jésus et en la [continuité de la] prophétie ne posséderont pas une conviction pleinement ancrée ; ils ne feront que suivre les autres aveuglément.

L’Islam veut que chaque musulman fonde l’ensemble de ses croyances sur des preuves et des arguments. Ainsi, dans le Saint Coran, il est fait mention de l’affirmation du Saint Prophète (que la paix soit sur lui), selon laquelle lui et ses disciples ont accepté l’Islam sur la base de preuves, tandis que les croyances des [Mecquois] ne reposent sur aucun fondement. Et une nation qui adopte des croyances sans preuves ne pourra jamais recevoir de bénédictions.

La véritable bénédiction n’est accordée qu’à celui qui fonde sa foi sur des preuves, même s’il appartient déjà à une religion véritable. Si un musulman croit en l’unicité de Dieu simplement parce que ses parents y croient, s’il prie uniquement parce qu’il a vu ses parents prier, s’il jeûne parce qu’il a vu les siens jeûner, s’il verse la Zakat parce que c’est ce que fait sa communauté, ou s’il accomplit le Hajj parce qu’il voit d’autres le faire, alors au Jour du Jugement, son monothéisme, ses prières, ses jeûnes, sa Zakat et son pèlerinage ne lui seront d’aucun secours. Dieu lui dira : « Certes, tu croyais en Mon Unicité, mais c’est à tes parents que Je donnerai la récompense, car eux ont reconnu Mon Unicité en se fondant sur des preuves. »

De même, Il dira : « Tu as certes prié, jeûné, donné la Zakat et accompli le Hajj, mais puisque tu as agi par simple imitation, sans en comprendre le sens, la récompense de ces actes sera accordée à ceux qui les ont accomplis en pleine connaissance de cause. » Ainsi, la récompense de chaque bonne œuvre sera anéantie pour celui qui l’a faite sans réflexion, et transférée à ceux qui auront agi avec discernement.

C’est là une voie extrêmement dangereuse, capable de ruiner des nations entières, et c’est une grave erreur qui mérite d’être corrigée sans délai. Certes, il est nécessaire d’empêcher ce qui peut engendrer le désordre, mais la littérature ne fait pas partie des choses qu’il faille interdire. En réalité, je dirais même que ceux parmi notre Communauté qui en ont l’opportunité devraient absolument étudier la littérature de nos opposants.

Oui ! Notre instruction sera toujours la suivante : ne vous limitez pas aux ouvrages de nos opposants — étudiez aussi continuellement nos propres livres. Je ne vous interdis pas de lire les tracts ou livres des autres. Bien au contraire, je vous encourage à lire aussi les livres des chrétiens, à lire les écrits des juifs, à lire les ouvrages des Aryas ; et autant que possible, continuez à vous plonger dans leur littérature. Cette étude ne vous sera en rien nuisible — au contraire, elle vous sera profitable. Plus votre connaissance s’enrichira, plus votre caractère se renforcera, et vous serez à l’abri des attaques extérieures, car vous saurez ce que croit votre adversaire et comment y répondre.

Si, aujourd’hui, un chrétien vient à moi en disant que Jésus est le fils de Dieu, ses propos n’auront aucun effet sur moi, car je sais dans quel contexte Jésus a été qualifié de « fils de Dieu ». Je sais que Jésus était un être humain. Je connais les arguments qu’ils avancent pour soutenir cette croyance, et je connais également le sens des versets du Saint Coran qu’ils utilisent pour appuyer cette thèse. J’ai étudié leurs objections, j’ai compris les réponses, et j’ai acquis la certitude que les versets du Coran qu’ils citent ne signifient pas ce qu’ils prétendent. Leur interprétation est erronée.

Par exemple, si un chrétien me dit que tel verset prouve que Jésus était « rouhullah » (l’esprit de Dieu), cela ne m’ébranlera en rien, car je connais la réponse à cette allégation. Et dès lors que je connais la réponse, pourquoi devrais-je m’en inquiéter ?

Par conséquent, l’étude des écrits d’autrui — à condition de bien connaître sa propre religion — n’est pas seulement permise, elle est nécessaire et bénéfique. Mieux encore, si l’occasion se présente, ces tracts devraient être lus publiquement à la mosquée, et les membres de la Communauté devraient être informés des accusations formulées par les autres ainsi que des réponses appropriées.

Cependant, cette lecture ne doit pas passer avant toutes les autres priorités. Il ne faut pas, par exemple, qu’on en vienne à mettre de côté le Dars du Coran, ou celui du Hadith, ou encore la lecture des ouvrages du Messie Promis (que la paix soit sur lui), pour se concentrer exclusivement sur ces tracts. Ce serait une trahison grave que de commencer à lire la littérature des autres sans d’abord avoir acquis une solide connaissance de sa propre religion.

Commencez donc par étudier la littérature de notre propre Communauté. Une fois que vous serez bien au fait des croyances de l’Ahmadiyya, de ses enseignements, et des preuves qui les soutiennent, alors vous aurez pleinement le droit d’aller lire les ouvrages des opposants. Et si, après avoir médité les enseignements de votre propre religion, vous commencez à ressentir qu’elle n’est peut-être pas la vérité, alors il vous incombe de rechercher sincèrement la vérité dans une autre religion — afin qu’au moins, même si vous n’étiez pas sur la bonne voie, vous puissiez dire à Dieu : « J’ai cherché la vérité. »

Afin de sensibiliser notre Communauté à cette question, je m’adresse à Ansarullah et à Khuddamul Ahmadiyya : chaque année, vous devriez consacrer une semaine à la tenue de discours auprès des membres de notre Communauté. Ces interventions ne devraient pas se limiter à l’exposé de nos propres croyances, mais aussi présenter les allégations formulées par d’autres, ainsi que les réponses à y apporter. Ce genre de conférences devrait se tenir dans chaque mosquée. On devrait dire aux membres : « Voici les objections qui sont soulevées, et voici les réponses. »

Prenons un exemple : si la conception que nous avons du Khilafat est erronée, alors pourquoi les autres n’auraient-ils pas le droit de nous conseiller ? Et si, par exemple, le Messie Promis (que la paix soit sur lui) n’est pas un prophète, alors celui qui nous dit cela — tant qu’il le fait honnêtement et sans moquerie — n’est pas notre ennemi, mais bien un conseiller, un bienveillant. Le problème, c’est que certains de nos opposants ne parlent pas avec intégrité ni avec politesse, et les références qu’ils avancent sont souvent mensongères. Le Messie Promis (que la paix soit sur lui) a écrit une chose, et eux la déforment totalement.

S’ils présentaient leurs arguments avec sincérité, nous serions toujours disposés à les écouter. Un jour, un professeur du Dayanand College est venu à une convention des Aryas à Qadian. À cette époque, je donnais régulièrement des Dars dans cette mosquée d’Aqsa. Après leur convention, il est venu me rendre visite dans la mosquée. Je lui ai dit : « Qadian est un lieu où nous sommes très nombreux par rapport aux autres. Votre visite ne serait utile que si vous nous faisiez part de vos pensées et de vos croyances. Autrement, vos propres partisans connaissent déjà votre doctrine et vos arguments. Si vous venez ici pour faire un discours devant vos propres hommes, quel en serait le but ? Cela n’aurait été profitable que si vous vous étiez adressé à nous également. »

Il m’a répondu : « C’est vrai. Mais je pensais : pourquoi rassembleraient-ils leur peuple pour nous écouter ? » Je lui ai dit que c’était là une erreur. J’ai poursuivi : « La mosquée est notre lieu le plus sacré, et celle-ci est Baitul-Aqsa. Venez y prononcer un discours. Je demanderai aux membres de ma Communauté de vous écouter. » Le professeur du Dayanand College a donc prononcé son discours ici, et Hafiz Roshan Ali Sahib a eu un échange d’idées avec lui.

L’échange d’idées est une bénédiction. Si notre Communauté écoute les opinions d’autrui avec sérieux, étudie leur littérature, comprend leurs arguments, puis prépare les réponses adéquates et veille à ce que chaque membre comprenne ces réponses, alors, par la grâce de Dieu, chaque individu de notre Communauté deviendra si fort dans sa foi qu’aucune personne ne pourra l’égarer.

Si quelqu’un tente de lui semer le doute sur l’existence de Dieu, il deviendra aussitôt vigilant et dira : « Je sais très bien que tu veux soulever une objection. Tu en as le droit, mais moi j’ai les réponses, et face à elles, tes allégations n’ont aucun poids. »
De même, si quelqu’un soulève des doutes sur les attributs divins ou la Toute-Puissance de Dieu, il ne sera pas troublé, mais réagira avec calme et assurance. Il en sera de même pour les sujets liés à la prophétie du Saint Prophète (que la paix soit sur lui), à la véracité de l’Islam, à la prophétie du Messie Promis (que la paix soit sur lui), et à l’authenticité de la Communauté musulmane Ahmadiyya. À chaque fois que quelqu’un tentera d’ébranler sa foi, il saura dissiper le doute sans faillir, sans reculer d’un seul pas.

Si c’est sur cette base que nous construisons notre Communauté, alors ce sera une œuvre immense. Ce n’est en rien une bonne action que de cacher cinquante, soixante ou même cent personnes aux autres et de les « conduire à Dieu ». Car Dieu n’aime pas ceux qui viennent à Lui en se cachant des autres, comme s’ils étaient des voleurs. Il aime ceux qui viennent à Lui avec assurance, sans peur de se confronter au monde.

Si tu conduis à Dieu une seule personne que personne ne peut détourner de sa foi, Dieu en sera ravi. En revanche, si tu présentes à Dieu cent ou mille personnes qui ont été maintenues à l’écart des croyances extérieures et converties en secret, Dieu n’en sera pas satisfait. Il dira : « Que faire de ces cent ou mille personnes qui peuvent être si facilement égarées et précipitées dans l’abîme du doute ? »

Rappelez-vous que Dieu n’accepte que ceux qui ont atteint une certitude absolue dans leur foi, et qui possèdent la capacité de répondre aux allégations des autres.

À ce propos, Dieu dit au Saint Prophète (que la paix soit sur lui) dans le Saint Coran :

                            قُلْ هَٰذِهِۦ سَبِيلِىٓ أَدْعُوا۟ إِلَى ٱللَّهِ عَلَىٰ بَصِيرَةٍ أَنَا۠ وَمَنِ ٱتَّبَعَنِى

Dis : « Apportez votre preuve, si vous êtes véridiques. »

Cela signifie : dis-leur, ô Muhammad, que la preuve la plus forte de ma véracité est que vous, vous n’avez aucun fondement à vos propos — même vos propres gens ne connaissent pas les preuves. En revanche, mes disciples et moi possédons des preuves pour chaque chose que nous affirmons. Voilà pourquoi nous sommes véridiques, et vous ne l’êtes pas.

Il est de notre devoir de fonder la foi de chacun des membres de notre Communauté sur des vérités authentiques, et cette responsabilité nous a été confiée par Allah, le Tout-Puissant. Se soustraire à une responsabilité n’est pas une vertu ; c’est au contraire l’accomplir qui constitue un acte méritoire.

Il nous incombe donc de faire en sorte que tous les membres de notre Communauté soient instruits en matière religieuse, et qu’ils soient tellement affermis dans leur foi que personne ne puisse les égarer. Si nous ne formons pas nos membres de cette manière, tout en nous attendant à ce qu’ils ne soient pas influencés par les propos des opposants, alors cela reviendrait à illustrer ce proverbe :

                                    آ پے میں رجّی پُجی آ پے میرے بچے جیون

Autrement dit, nous aurions présumé — tout en restant passifs — que nos membres maîtrisent déjà les questions religieuses, et en aurions déduit, à tort, que personne ne pourrait les détourner de la vérité.

Tant que la Communauté ne connaît pas les écrits des autres, et tant qu’elle ne sait pas répondre aux accusations soulevées par ses opposants, il reste tout à fait possible qu’elle devienne vulnérable et qu’elle soit influencée par leur désordre.

Les membres de notre Communauté doivent devenir tels des oiseaux de proie, semblables à des faucons qui, sur le plan spirituel, traquent et capturent leur cible. Une nation qui se cache dans des tanières ne connaîtra jamais le succès ; seules réussissent les nations qui se lèvent comme les faucons et les aigles.

Durant le califat de Hazrat Khalifatul-Masih Ier (r.a.), chaque fois que je devais me rendre quelque part pour prononcer un discours, j’éprouvais un certain plaisir à dire que les gens faisaient grand bruit en affirmant avoir « vaincu Mirza Sahib », alors même que lorsque le Messie Promis (a.s.) fit sa proclamation, il était seul. Pourtant, à l’image du lion qui fond sur le cou des brebis et en emporte plusieurs, le Messie Promis (a.s.) ne conquit pas des milliers, mais des centaines de milliers de cœurs.

Imaginons maintenant qu’il y ait un million de brebis, et un seul lion, mais que ce lion parvienne à en emporter cent. Qui sera le vainqueur ? Le lion, sans conteste — et non les brebis. De même, bien que les opposants soient plus nombreux et les Ahmadis moins nombreux, la vraie question est : quelqu’un a-t-il réussi à rallier les gens à sa cause comme l’a fait le Messie Promis (a.s.) ? Si la réponse est non, alors qui sont les véritables vainqueurs ? Le vrai vainqueur, c’est celui qui, bien que seul, parvient à rassembler des centaines de milliers de personnes autour de lui.

Même si quelqu’un quitte la Communauté, Allah nous accorde aussitôt des personnes sincères pour le remplacer. Le Saint Coran donne un critère clair pour reconnaître la véracité d’une mission : même si une personne apostasie, Allah fait venir à sa place tout un peuple. Et c’est ce que nous avons toujours vu dans notre Communauté — une preuve claire que Dieu est avec nous. Car malgré notre petit nombre, nous connaissons la réussite, tandis qu’eux, en dépit de leur nombre et de leur puissance, échouent.

Vers la fin de sa vie, lorsque le Messie Promis (a.s.) se rendit à Amritsar, il y eut une opposition féroce, allant jusqu’à des jets de pierres. À cette époque, un de nos amis vivait là-bas. Il n’était pas très instruit, mais c’était un homme intelligent. Dans les temps anciens, il existait une tradition que les Ahmadis d’aujourd’hui ignorent peut-être : lors des mariages, quand le marié venait chercher la mariée, les femmes de la maison se rassemblaient autour de celle-ci et proféraient des insultes à l’encontre de la famille du marié. On appelait cela, en punjabi, les sathnian. On croyait que ces invectives apportaient des bénédictions au mariage.

Lorsque le Messie Promis (a.s.) arriva à Amritsar, il fut hébergé chez un notable local du nom de Muhammad Sharif Sahib, d’origine kashmirie. Quand les gens apprirent son arrivée, ils se mirent à le railler violemment, mimant même la scène devant la maison où il séjournait. Quand il repartit, un opposant dit à cet Ahmadi : « As-tu vu comment ton Mirza Sahib a été insulté ? » Ce dernier répondit : « Quelle importance ont les moqueries ? Tant de gens ont prêté le serment d’allégeance (Bai‘at) ! Quant aux insultes, vous étiez obligés de faire vos sathnian, car Mirza Sahib vous a pris vos gens. »

Ainsi, une nation bénie par Dieu continue de gagner les cœurs. En termes de finances et de nombre, nous sommes très faibles comparés aux autres. Mais, par la grâce d’Allah, notre influence dans le domaine de la propagation de l’Islam est telle qu’un comité a été formé par l’Église d’Angleterre pour enquêter sur les raisons de l’arrêt de la progression du christianisme en Afrique. Dans leur rapport, il est mentionné à plusieurs reprises que les Ahmadis empêchent les gens de se convertir au christianisme — voire même reconquièrent ceux qui étaient déjà devenus chrétiens.

Le revenu annuel de l’Église d’Angleterre s’élève à environ soixante-dix millions de roupies, alors que nous recevons à peine mille roupies, et nous devons œuvrer dans des pays où les missionnaires chrétiens prêchent depuis des millénaires. Et malgré cela, ils reconnaissent eux-mêmes que les Ahmadis ont mis un frein à leur expansion.

Les exemples abondent de chrétiens qui ont reconnu que l’Ahmadiyya a stoppé la progression du christianisme. Pourtant, ils sont près de quatre cents millions, disposent de richesses et de pouvoir, et pourtant, partout, ils subissent des revers.

Récemment, j’ai envoyé un missionnaire en Sierra Leone, et ses rapports ont été publiés dans Al Fazl. On y lit que tel chef chrétien s’est converti à l’Islam, que telle personnalité chrétienne a refusé de contester l’Islam. Face à cette situation, des prêtres se sont rendus auprès du commissaire local, les accusant d’être des fauteurs de trouble. Ils prétendirent que leurs discours provoquaient du désordre dans le pays, et qu’ils devaient être interdits. Mais lorsque nos missionnaires exposèrent la réalité de la situation, le commissaire déclara qu’il se rendrait lui-même dans la région pour réprimander les prêtres qui propagent des mensonges contre la Communauté Ahmadiyya. Il ajouta que s’ils aiment tant les débats, qu’ils affrontent alors nos gens sur le terrain religieux.

Et tel est aussi le cas ailleurs. Il ne se passe pas une année sans que cinq ou six mille personnes quittent le christianisme pour nous rejoindre. Tandis qu’inversement, très rarement quelqu’un quitte notre Communauté pour les rejoindre — et même si cela arrive, Allah le Tout-Puissant envoie aussitôt quelqu’un d’autre en remplacement.

Cette supériorité que possède notre Communauté vient du savoir qu’Allah lui a accordé. Et grâce à cela, personne ne peut la duper.

Il est de notre devoir de maintenir chaque membre de notre Communauté conscient des arguments avancés par autrui, et de faire en sorte que chacun comprenne ce que disent les autres, ainsi que les réponses à leurs accusations. À cette fin, je dis à Ansarullah et à Khuddamul Ahmadiyya qu’ils doivent consacrer une semaine chaque année durant laquelle ils s’efforceront non seulement de sensibiliser chaque membre aux problèmes qui peuvent toucher la Communauté, mais également de leur enseigner les arguments des opposants et les réponses appropriées.

Ce programme doit être dispensé oralement, et les membres doivent aussi être testés de mémoire, afin que la Communauté devienne vigilante et soit capable de se protéger contre les assauts extérieurs. Mais cela ne doit pas signifier qu’on cesse de lire nos propres livres pour ne passer son temps qu’à étudier ceux des autres. Il faut commencer par lire les ouvrages de sa propre Communauté, les apprendre, en comprendre les thèmes, et, une fois que l’on est solidement enraciné dans sa foi, alors on peut étudier les écrits de nos opposants. Mais cela ne doit pas se faire en cachette : lisez-les ouvertement, devant tout le monde.

Réfutez les allégations des adversaires avec force, et tenez-vous face à eux comme un lion, afin que nul ne puisse se dire qu’il est possible de vous tromper. Au contraire, lorsque quelqu’un vous provoque, tous les cœurs devraient être emplis de la certitude que vous allez, une fois de plus, triompher. Vous devez donc élever vos gens avec le courage des lions, et non les transformer en souris qui se cachent dans des trous. Vous verrez par vous-mêmes combien la Communauté gagnera en force spirituelle après cela.

La réalité est que si nous possédons la vérité, pourquoi craindrions-nous la moindre parole d’opposition ? Qu’ils soulèvent mille objections, Dieu les réduira toutes à néant. C’est une chose que j’ai constatée personnellement : peu importe le genre d’accusation formulée par les opposants, Dieu finit toujours par faire émerger la réponse, d’une manière ou d’une autre.

Il n’y a pas si longtemps, dans la petite mosquée, un homme est venu me voir et m’a dit qu’il souhaitait me poser une question. Je l’ai invité à la poser. Il me dit : « Je veux que vous me prouviez la véracité de Mirza Sahib à partir du Saint Coran. » Je lui ai répondu : « Le Saint Coran dans son ensemble est rempli de preuves de la véracité du Messie Promis (a.s.). Combien de versets pourrais-je citer ? » Il a insisté : « Au moins un. » Je lui ai dit : « Puisque je viens de te dire que tout le Coran est une preuve de sa véracité, pourquoi me demander un seul verset ? Récite plutôt toi-même un verset, je suis prêt à démontrer la véracité de Mirza Sahib à partir de celui-là. »

Certains versets du Saint Coran prouvent indirectement la véracité du Messie Promis (a.s.), d’autres le font de manière explicite. Mais je savais que Dieu mettrait sur sa langue un verset qui le piégerait aussitôt. Et effectivement, il récita spontanément le verset suivant :

                            وَمِنَ النَّاسِ مَن يَقُولُ آمَنَّا بِاللَّهِ وَبِالْيَوْمِ الْآخِرِ وَمَا هُم بِمُؤْمِنِينَ
[« Et parmi les gens, il y en a qui disent : « Nous croyons en Allah et au Jour dernier », alors qu’en réalité, ils ne croient pas. »]
(Sourate Al-Baqarah, 2:9)

Il me dit : « Prouvez la véracité du Messie Promis à partir de ce verset. » Je lui ai demandé : « De quel groupe est-il question ici ? » Il répondit : « Des musulmans. » Je lui dis : « Si des musulmans pouvaient déjà s’égarer à l’époque du Saint Prophète (s.a.w.), pourquoi ne pourraient-ils pas aujourd’hui ? Et si les musulmans peuvent encore aujourd’hui s’égarer, alors ne faut-il pas qu’un réformateur vienne de la part de Dieu pour leur guidance ? Vous dites qu’il n’est pas nécessaire qu’un réformateur vienne après le Saint Prophète (s.a.w.), mais le Saint Coran lui-même affirme que même durant sa vie, certains se sont égarés. À plus forte raison, cela est possible après lui. Et si cela est possible, alors Dieu peut tout à fait envoyer un réformateur.

Soit vous affirmez que la Oummah de Muhammad (s.a.w.) ne peut jamais s’égarer — mais ce serait aller à l’encontre du Coran — car dans le verset que vous avez récité, Dieu dit qu’il existe des gens parmi les musulmans qui se prétendent croyants alors qu’ils ne le sont pas. Et si l’Oummah peut s’égarer, alors pour sa réforme, un envoyé de Dieu peut venir. »

Ce que je lui ai dit n’était pas une simple réponse de forme, mais bien une vérité : le Coran tout entier est une preuve de la véracité du Messie Promis (a.s.). De la même manière que les parties véridiques de la Torah sont une preuve de la véracité du Saint Prophète (s.a.w.), et que les passages vrais de l’Évangile sont également des preuves de sa mission, de même, le Coran dans son ensemble est une preuve de la véracité de Moïse (a.s.), de Jésus (a.s.), du Messie Promis (a.s.), tout comme il est une preuve de la véracité du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Hazrat Aïcha (r.a.) a dit à propos du Saint Prophète (s.a.w.) :
                                                              « كَانَ خُلُقُهُ ٱلْقُرْآن »
(« Son caractère était le Coran »),
ce qui signifie qu’il n’y avait aucune différence entre lui et le Coran — chaque verset du Livre sacré est une preuve de la véracité du Saint Prophète (s.a.w.).

Éveillez la Communauté. Enseignez-lui les questions religieuses. Permettez aux gens de lire les pensées des autres — et s’ils ne lisent pas eux-mêmes, alors lisez pour eux, faites-leur écouter, et enseignez-leur la réponse à chaque allégation.

Mais une erreur fréquente est que les réponses sont enseignées de manière excellente, alors que les allégations elles-mêmes ne sont pas présentées correctement. Le résultat est que, lorsqu’une personne découvre l’allégation telle qu’elle est véritablement formulée, elle commence à penser que les nôtres mentent. Cette approche est complètement erronée.

Il faut présenter l’objection de l’adversaire de façon rigoureuse, sans omettre aucun aspect, afin que ni nos membres, ni nos opposants, ne puissent dire qu’une partie a été exposée, tandis qu’une autre a été cachée.

Un jour, je suis allé à Lahore pour donner une conférence sur la nécessité de la religion. Dans mon intervention d’introduction, j’ai évoqué les attaques menées contre la religion, et mentionné les accusations par lesquelles certains tentent de prouver que le monde n’a plus besoin de religion. Ensuite, j’ai répondu à toutes ces allégations.

Le soir même, ou le lendemain, un étudiant non-Ahmadi, inscrit en master, est venu me voir et m’a dit qu’il avait écouté mon discours. Il m’a confié que les accusations que j’avais exposées étaient si fortes qu’il avait eu l’impression que toutes les objections possibles à l’encontre de la religion avaient été couvertes. Mais il ajouta qu’il n’avait pas été totalement convaincu par certaines réponses. Je lui ai répondu : « Laisse de côté les réponses, dis-moi simplement : ai-je dissimulé ne serait-ce qu’une seule allégation ? » Il répondit : « Non, toutes les allégations que j’avais entendues au sujet de la religion, vous les avez mentionnées. » Je lui ai dit : « Très bien. Tu comprendras les réponses une autre fois. »

Ainsi, il est extrêmement important d’exposer les objections des adversaires dans leur intégralité.

Par exemple, la manière dont nos érudits présentent la question de l’expiation est complètement erronée. Aujourd’hui, les chrétiens ne présentent plus cette doctrine de la même manière ; au fil du temps, ils en ont fait une question philosophique.

De même, en abordant la question de la réincarnation, on se contente souvent de répéter les vieux arguments entendus. Mais la façon dont la réincarnation est présentée aujourd’hui est totalement différente. Il en va de même de l’idolâtrie, à laquelle on a donné un vernis philosophique.

Par exemple, les idolâtres dotés d’un esprit philosophique ne disent pas qu’ils se prosternent devant les idoles. Ils disent plutôt qu’ils s’orientent vers les idoles afin de mieux concentrer leur esprit sur Allah le Tout-Puissant. Ils affirment également que ces idoles représentent certains attributs de Dieu.

Ainsi, si l’on présente l’idolâtrie en disant simplement que certaines personnes adorent des statues à la place de Dieu, les idolâtres ne s’en satisferont pas. Nous devons exposer leurs propos avec exactitude, sans masquer aucun aspect de leur pensée.

C’est précisément pour aborder ces allégations que j’ai formulé l’instruction suivante : la Ansarullah et la Khuddamul Ahmadiyya doivent consacrer une semaine par an durant laquelle ils présenteront les croyances de l’Ahmadiyya, accompagnées de preuves, qu’il s’agisse de l’existence de Dieu, de la prophétie du Saint Prophète (s.a.w.), de la véracité du Messie Promis (a.s.), du Khilafat, ou d’autres sujets islamiques.

Ensuite, on devra dire clairement : « Voici les accusations que les opposants soulèvent à propos de ces croyances, et voici les réponses que nous leur apportons. » À l’issue de cela, les participants devront être interrogés oralement pour évaluer leur mémorisation de ces connaissances.

Et comme il n’est pas possible de traiter tous ces sujets en une seule semaine, cette pratique devra se poursuivre chaque année, en abordant différents thèmes. Jusqu’à ce que chaque membre de notre Communauté devienne si éveillé et vigilant que, même s’il se retrouve assis dans une bibliothèque remplie d’ouvrages adverses, il en sorte victorieux — et non vaincu ou ébranlé.

(Sermon du vendredi, 1er novembre 1940)