La jeunesse doit se consacrer au waqf (dévouement à vie) et profiter de cette occasion rare de faire le bien. Certes, la porte des bénédictions divines est toujours ouverte, mais la manière dont elle s’ouvre à l’époque des prophètes est unique, et cela n’est pas observé à d’autres périodes.
Pendant la vie d’un prophète, cette porte s’ouvre de façon extraordinaire, et les sacrifices accomplis à cette époque ont une valeur bien plus grande.
Il y eut des rois musulmans qui abandonnèrent leur trône pour mener une vie de renoncement, mais la plupart des gens ne connaissent même pas leur nom. Pourtant, Hazrat Abou Bakr (r.a.) et Hazrat Umar (r.a.) ont sacrifié des biens dont la valeur ne dépassait pas un ou deux mille roupies, et tout le monde connaît leur sacrifice. D’autres ont offert bien plus en termes de richesse, mais ils ne jouissent pas du même respect, ni du même rang.
La raison à cela est simple : les circonstances étaient fondamentalement différentes. Lorsque ces rois abdiquèrent, d’autres rois musulmans existaient encore, et ils savaient que leur nation ne sombrerait pas à cause de leur geste. En revanche, lorsque Hazrat Abou Bakr (r.a.) et Hazrat Umar (r.a.) ont offert leur sacrifice, ils étaient pleinement conscients que c’était comme s’ils poignardaient leur propre famille : ils risquaient tout.
De même, l’exemple d’un jeune qui consacre sa vie à cette cause est semblable à celui d’un homme qui ne sait pas nager, mais qui saute dans l’océan. À l’heure actuelle, nous sommes encerclés par des ennemis de toutes parts, et c’est pourquoi s’engager dans les œuvres religieuses relève d’un grand courage. Le lâche pensera immédiatement à sa propre survie.
Mais celui qui porte la foi et le courage dans son cœur comprend qu’en sautant dans la mer, il ne se détruit pas lui-même, mais devient plutôt la fondation d’un édifice solide destiné à sauvegarder l’Islam. Son sacrifice est donc accompagné de bénédictions telles qu’aucun autre sacrifice ne peut les égaler.
Aujourd’hui, qui oserait appeler « sage » celui qui se sacrifie pour l’Ahmadiyya ? On considère plutôt que ce sont là quelques insensés qui croient pouvoir affronter le monde. Mais un croyant sait qu’il répond à un appel venu de Dieu. Même si une promesse divine ne lui assurait pas la victoire, il considérerait qu’il est de son devoir de répondre à cet appel.
Il existe de nombreux exemples dans le monde où des mères donnent leur vie pour leurs enfants. Combien de fois voit-on une mère veiller sans relâche au chevet de son enfant malade ? L’enfant guérit, mais la mère, elle, succombe à l’épuisement. Est-ce parce qu’elle espère recevoir quelque chose en retour ? Bien sûr que non.
Alors si une mère est capable de sacrifier sa vie pour son enfant sans rien attendre, un croyant ne pourrait-il pas, lui, offrir sa vie pour Dieu le Tout-Puissant sans rien espérer en retour ?
Il est erroné de penser qu’un croyant fait des sacrifices dans l’espoir d’une réussite en retour. Même s’il n’existait aucune promesse de succès — supposons qu’il n’y ait ni vie après la mort, ni paradis, ni enfer —, le croyant ne vacillerait jamais dans son élan de sacrifice pour Dieu.
Quand des gens offrent leur vie pour leur patrie ou leur nation, savent-ils avec certitude qu’ils seront récompensés après la mort ? Pas un seul sur cent ne croit cela. Et pourtant, regardez avec quel engagement ils sacrifient leur vie. Il est donc totalement faux de croire que le croyant agit par appât du gain ou par recherche d’une récompense. Il est même erroné d’imaginer que les prophètes, au début de leur mission, espèrent une quelconque rétribution.
C’est pourquoi l’époque que nous vivons est idéale pour le sacrifice. Les sacrifices des autres sont faits pour leur pays ou leur nation. Mais à propos de tels sacrifices, Allah le Tout-Puissant dira qu’ils ont sacrifié pour leur pays tout en sachant que ce dernier disposait d’un immense pouvoir, et qu’en retour, ils acquerraient honneur et respect.
Car oui, sacrifier sa vie pour sa nation est un chemin vers l’honneur. Ceux qui meurent pour leur pays gagnent un immense respect. Une telle mort peut faire d’un homme un héros national. Les États soutiennent les familles de ces martyrs, et ceux-ci meurent dans une certaine tranquillité, assurés que leur descendance ne sera pas abandonnée.
Il existe des centaines d’exemples où, à cause d’une querelle entre deux individus, l’un engage une tierce personne pour éliminer son ennemi. Par exemple, un propriétaire terrien paie quelqu’un pour tuer un autre, lui promettant qu’il le protègera devant la justice et que, s’il est condamné, il subviendra aux besoins de sa femme et de ses enfants. Le tueur, pensant que rien ne garantit qu’il soit attrapé et, même s’il l’est, que sa famille vivra confortablement, passe à l’acte.
Les gens font de tels sacrifices. Même des personnes éduquées sacrifient leur vie pour leur nation ou leur pays — mais ils le font en étant assurés que leur sacrifice portera ses fruits, soit pour eux, soit pour leurs proches. Ce type de sacrifice n’est donc pas difficile.
Mais faire un sacrifice pour la foi à notre époque est extrêmement difficile, car cela revient à se jeter dans l’abîme. Emprunter ce chemin, c’est marcher sur la berge fragile d’une rivière en crue — personne n’irait bâtir sur un tel sol, car les eaux rongent sans cesse les fondations. Il faut un immense courage pour ériger quoi que ce soit à cet endroit. Et c’est maintenant qu’il faut se sacrifier.
Les jeunes qui choisissent de dédier leur vie doivent afficher des qualités morales irréprochables et avancer avec une résolution ferme. Mon but en appelant à ce waqf (dévouement à vie), c’est de former parmi eux des juges (qadhis), des muftis, des enseignants, des missionnaires et des responsables de la formation spirituelle (tarbiyyat). Mais tout cela ne peut se concrétiser que si ces dévoués sont des modèles de caractère moral.
Lorsqu’un de ces jeunes devient qadhi, il doit incarner la justice au point que les gens reconnaissent en lui un homme droit. Lorsqu’un autre est nommé mufti, les gens doivent ressentir que ses décisions sont fondées et justes. Et lorsqu’un autre devient missionnaire, il doit être perçu comme quelqu’un qui parle uniquement pour la religion de Dieu, et non pour vaincre son adversaire.
Il ne doit pas céder à son ego. Car seul celui qui est incapable d’avancer des arguments solides recourt à la moquerie.
Cela est la preuve de son ignorance. Il arrive que celui qui recourt à l’humour ou à la moquerie impressionne une assemblée sur le moment, mais après avoir quitté cette assemblée, un voile entache son cœur, ainsi que celui de ceux qui l’ont écouté. Il peut bien sembler satisfaire l’auditoire dans l’instant, mais une fois sorti, il s’éloigne de Dieu, et Satan prend possession de lui.
Le véritable missionnaire, c’est celui qui ne nourrit en son cœur aucune idée de victoire ou de défaite, celui qui veille constamment à ne pas prononcer une parole qui puisse être punie par Dieu.
J’ai déjà raconté cette histoire à plusieurs reprises : à l’époque où Maulvi Muhammad Hussain Sahib termina ses études et se rendit à Batala, il fut vivement contesté, car on disait de lui qu’il était opposé aux mystiques et aux pieux personnages. L’opposition contre lui était forte. À cette même période, le Messie Promis (a.s.) se rendit également dans cette ville.
Certains hanafites pensèrent alors : « Puisque l’un de nos savants hanafites est arrivé, emmenons-le confronter Maulvi Muhammad Hussain. » Le Messie Promis (a.s.) se présentait toujours comme un hanafite. Lorsqu’on lui proposa cette rencontre, il accepta en précisant qu’il ne s’engagerait dans une discussion que si un sujet digne d’intérêt se présentait. Une assemblée se forma, et le Messie Promis (a.s.) y assista.
Il rapporta qu’il ne connaissait pas en détail le mouvement Ahle-Hadith, et demanda donc à Maulvi Sahib de lui exposer ses croyances, afin qu’avant toute discussion, il en soit au moins informé.
Maulvi Muhammad Hussain Sahib se leva et dit :
« Nous croyons en Dieu. Nous croyons au Saint Prophète (s.a.w.). Nous croyons que le Saint Coran est la parole de Dieu. Nous donnons priorité au Saint Coran sur les hadiths, et nous donnons priorité aux hadiths sur nos opinions personnelles. »
Même si les vues des Ahle-Hadith orthodoxes sont bien plus rigides, il est possible que Muhammad Hussain Sahib ait adouci ses propos en raison du contexte.
En entendant cela, le Messie Promis (a.s.) répondit que ces croyances étaient tout à fait justes — et qu’il n’y avait donc rien à redire. Cette réponse provoqua la gêne des hanafites présents, qui se mirent à se moquer et à tourner la chose en dérision.
Le Messie Promis (a.s.) expliqua alors qu’il quitta l’assemblée et abandonna toute discussion uniquement pour l’amour de Dieu.
Cette nuit-là, Allah le Tout-Puissant lui révéla au sujet de cet incident :
« Ton Seigneur est satisfait de ton geste, et Il te comblera de Ses bénédictions, au point que des rois chercheront des bénédictions à travers tes vêtements. »
Il est de mon souhait que ceux qui se forment pour devenir missionnaires agissent sous l’étendard de la droiture, qu’ils ne quittent jamais le manteau du sérieux, et qu’ils donnent toujours priorité à la satisfaction de Dieu.
Leur but ne doit jamais être de débattre pour débattre. Ils doivent être des exemples vivants, capables de purifier les mauvaises habitudes des autres, et servir de rempart, tels les portes d’Alexandre, contre les attaques de Gog et Magog.
Concernant cette noble tâche, j’encourage les jeunes de notre Communauté à consacrer leur vie. Comme je l’ai mentionné précédemment, l’obtention du diplôme de fin d’études est une condition, mais ceux qui sont en dernière année peuvent aussi présenter leur nom. Ils continueront leurs études, et une fois diplômés, nous les appellerons pour commencer leur service.
Ceux qui ont réussi l’examen Maulvi Fazil (qualification en théologie islamique) peuvent également se proposer, de même que ceux qui ont étudié ici à Qadian et obtenu leur diplôme scientifique, mais pas ceux qui ont été formés en dehors. Car ici, les étudiants acquièrent aussi des connaissances en Coran et en arabe, ce qui n’est pas nécessairement le cas ailleurs.
Les jeunes dans ce profil doivent se présenter. Les étudiants peuvent également s’enregistrer pour être appelés après leur réussite aux examens. Que les jeunes consacrent leur vie selon ces critères, afin que notre Communauté puisse encore progresser.
L’autre sujet sur lequel je souhaite attirer l’attention des membres de la Communauté est la nécessité de mener une vie simple.
Allah le Tout-Puissant a établi une telle situation dans le monde que les peuples — en particulier les Britanniques, dont notre peuple a souvent cherché à imiter le style de vie luxueux — sont aujourd’hui, à cause de la guerre, contraints d’adopter une vie de simplicité. Leur mode de vie est devenu si frugal qu’il dépasse désormais même notre simplicité habituelle.
Nous avons certes limité les gens à un seul plat de curry par repas, mais sans restreindre la quantité de pain. Or, en Europe, même la farine est rationnée, et l’on ne peut en acheter qu’une quantité déterminée. Nous n’imposons aucune limite à la quantité d’huile dans la cuisine : chacun peut en utiliser autant qu’il le souhaite. Mais en Europe, pour toute une semaine, on ne peut obtenir que de petites quantités d’huile — et encore, ce n’est pas toujours de l’huile pure : il peut s’agir de dix grammes de graisse, dix grammes d’huile, et dix grammes de beurre.
Il en est de même pour les vêtements et autres biens essentiels.
Si eux, qui étaient jadis un symbole d’abondance, vivent aujourd’hui dans une telle sobriété, alors il est clair combien la simplicité est importante pour nous aussi.
Ainsi, nous devons nous restreindre à un seul type de plat par repas. Toutefois, le vendredi ou lorsqu’on reçoit des invités, il est permis de servir deux plats, selon les besoins et le statut de l’hôte. Parfois, certains invités non-ahmadis n’acceptent pas d’être reçus sans une table bien garnie. Dans ce cas, c’est permis. Mais, en général, un seul plat doit suffire, et même alors, il faut garder à l’esprit la simplicité, afin de créer un lien avec nos frères les plus modestes.
Cependant, cette simplicité ne doit pas être une illusion : quelqu’un pourrait dire qu’il ne consomme qu’un seul plat, mais que ce plat est un pulao riche et élaboré, tous les jours. Cela n’est pas acceptable. Ce n’est pas seulement un signe d’excès, mais aussi un danger pour la santé.
Pour rester en bonne santé, il est essentiel de varier son alimentation : riz, viande, fruits, légumes, etc., doivent tous être consommés. Il ne faut pas consommer la même chose quotidiennement. Celui qui dit : « Je mangerai du roghan josh tous les jours », est non seulement dans l’excès, mais court aussi le risque de tomber malade.
Je connais une personne qui était souvent malade. De nombreux traitements ont été essayés sans succès. Il a consulté le docteur Hashmatullah Sahib, qui était alors à Patiala et n’avait pas encore déménagé ici. Depuis là-bas, il m’a écrit qu’il allait bien mieux et qu’il se sentait sur le chemin de la guérison. Il a aussi précisé que le docteur avait identifié la vraie cause : une alimentation trop grasse.
Ainsi, ce type d’alimentation peut détruire la santé. Si quelqu’un décide, par exemple, de boire du lait fermenté (lassi) tous les jours pour grossir, il finira par perdre l’équilibre de son corps et de son esprit.
C’est pourquoi la simplicité est essentielle, même avec peu de moyens. Et c’est cette simplicité qui prépare une nation à tous les types de sacrifices. C’est cette même simplicité qui doit être adoptée dans l’habillement, les bijoux, etc.
J’ai sous les yeux de nombreux exemples de personnes qui, désormais, sont prêtes à faire encore plus de sacrifices. Autrefois, elles dépensaient beaucoup, mais depuis qu’elles ont adopté une vie simple, leurs dépenses ont diminué, et leur disposition à sacrifier pour la foi s’est accrue.
Par la vie simple, on acquiert la capacité de contribuer davantage à la cause religieuse, et ainsi, les femmes et les enfants aussi peuvent prendre part à cette bénédiction.
Cependant, mon intention n’est nullement que les enfants soient privés de nourriture ou que leur santé soit mise en danger — cela n’est pas permis en Islam. Parmi nos responsabilités nationales, l’une des plus importantes est d’élever correctement nos enfants, car ce sont eux qui, demain, porteront le poids de la nation sur leurs épaules.
S’ils sont faibles, ils ne seront pas en mesure de supporter ce fardeau.
C’est pourquoi il est essentiel de les nourrir convenablement, tout en maintenant un mode de vie simple : ils ne doivent pas grandir dans le gaspillage. Ils doivent être éduqués dans le respect de leurs devoirs religieux. Même avant d’atteindre l’âge de la puberté, ils devraient être initiés à jeûner de temps à autre. Cela ne nuira pas à leur santé — au contraire, le jeûne leur sera bénéfique.
J’ai remarqué que certaines personnes ne réveillent pas leurs enfants pour la prière, sous prétexte qu’ils sont encore petits. Cela est une erreur. Ils doivent être entraînés à accomplir régulièrement la prière dès leur jeune âge.
Il est également important de leur inculquer l’habitude de faire de l’exercice physique. Certains se plaignent que Khuddamul Ahmadiyya leur impose des séances d’exercices. Mais cette plainte est semblable à celle de quelqu’un qui, assis en plein soleil, est invité à aller s’asseoir à l’ombre et répond : « Que vais-je y gagner ? »
De la même manière, que gagne Khuddamul Ahmadiyya à faire faire de l’exercice aux enfants ? Rien. C’est vous qui en bénéficiez, car vos enfants acquièrent une bonne santé, développent une meilleure moralité, deviennent plus alertes et concentrés. Si, en devenant en bonne santé, vos enfants gagnent plus d’argent demain, en reverseront-ils quoi que ce soit à Khuddamul Ahmadiyya ?
Dans notre société, les enfants ne sont pas suffisamment encouragés à l’effort. Il en résulte qu’ils deviennent des adultes sans valeur. En Europe, au contraire, les enfants sont éduqués dans l’effort et la discipline, et c’est ainsi qu’ils deviennent très compétents dans leurs domaines.
Nos gens doivent donc se souvenir de ne pas traiter les enfants d’une manière qui nuise à leur santé, mais aussi de donner la priorité à leur éducation morale, à leur formation de caractère. L’habitude de l’effort, du travail, de la discipline, doit leur être inculquée. Ils doivent apprendre à supporter les difficultés et à ne pas gaspiller leur temps, car des enfants élevés dans la paresse et l’indiscipline deviennent non seulement une charge pour leur pays et leur nation, mais aussi une nuisance pour le monde entier.
Ainsi, celui qui vous aide dans l’éducation de votre enfant, en l’habituant à l’effort et au travail, n’est pas votre ennemi — c’est votre véritable ami. Et si vous le rejetez, vous vous retrouverez sans aucun véritable allié.
(Sermon du vendredi 6 décembre 1940)