Mon sermon aujourd’hui est lié aux deux derniers sermons. Cependant, avant de commencer la discussion principale, je voudrais attirer l’attention du Khuddamul Ahmadiyya Qadian sur la nécessité de corriger l’Azan des muezzins dans les différentes mosquées. Dans certains endroits, les muezzins déforment inutilement les mots arabes d’une manière insupportable pour une personne qui connaît l’arabe. J’ai déjà signalé ce problème à plusieurs reprises, mais avec beaucoup de regret, je dois dire qu’il n’a toujours pas été corrigé.
Il est faux d’attendre d’un Punjabi qu’il adopte l’accent des Arabes, car certaines lettres sont difficiles à prononcer pour nous, et je n’insiste pas sur ce point. Je demande simplement de corriger ce qui est à notre portée, mais malgré cette possibilité, aucune attention n’est portée à cette correction. La Khuddamul Ahmadiyya devrait former cinq ou sept jeunes parmi eux, qui connaissent l’arabe, aux mots de l’Azan. Ils devraient ensuite corriger les muezzins réguliers qui appellent l’Azan dans différentes mosquées (il faudrait que ces cinq ou sept jeunes appartiennent à ces mosquées) et corriger également tous ceux qui ne sont pas des muezzins réguliers, s’ils font une erreur.
Par exemple, dans l’Azan qui vient d’être prononcé, le muezzin a allongé l’alif après حی (hayy) d’une manière qui n’est ni permise ni nécessaire. Cependant, l’accent punjabi commun adopte cet allongement, et un muezzin punjabi dit ا�یح au lieu de حی. Il pense probablement qu’en ajoutant cet alif et en allongeant le son, sa voix devient plus forte. Pourtant, les Arabes appellent également l’Azan sans dire ا�یح, et leur voix reste forte, belle et agréable. À La Mecque, les muezzins sont choisis et leurs voix sont si belles qu’on a l’impression, lorsqu’ils appellent à la prière, qu’une personne s’élève de la Terre au ciel. Ainsi, la beauté de ce mot réside dans l’absence de l’alif, et non dans son ajout.
À partir de maintenant, s’ils n’ajoutent plus d’alif après حی, je crois que leur Azan sera plus belle qu’auparavant. De même, dans notre Punjab, il existe de nombreuses autres lacunes dues à l’insistance à rester éloigné de la langue arabe, et j’exhorte La Khuddamul Ahmadiyya à essayer de corriger ces lacunes.
Je passe maintenant au sujet du jour. Dans le précédent sermon, j’ai discuté de trois objectifs importants du Khuddamul Ahmadiyya issus de leurs missions et j’ai souligné qu’ils devraient y accorder une attention particulière. Ces objectifs étaient :
Aujourd’hui, je souhaite expliquer le quatrième objectif, qui est d’essayer d’inculquer de bonnes mœurs. Parmi les bonnes mœurs, comme je l’ai mentionné à plusieurs reprises, les plus essentielles pour la survie d’une nation sont la vérité et l’honnêteté.
Il existe de nombreuses vertus, mais la vérité et l’honnêteté sont celles qui revêtent la plus grande importance. Une nation dans laquelle ces qualités sont établies ne peut être ni humiliée ni réduite à l’esclavage. Le manque de vérité et d’honnêteté humilie un pays et conduit une nation à l’esclavage.
Notre classe éduquée se lamente souvent de la colonisation de l’Inde, mais si vous observez attentivement, vous constaterez que la cause principale réside dans le manque de ces deux vertus : la vérité et l’honnêteté. Étudiez l’histoire de l’Inde : l’asservissement d’un pays aussi vaste aux mains des Britanniques n’a été rendu possible que par le manque d’honnêteté. Les armées britanniques, qui dans les premiers jours ne comptaient parfois que quelques centaines de soldats, n’auraient jamais pu conquérir l’Inde si les Indiens avaient eu un sens de l’honnêteté.
Parfois, en lisant l’histoire, il semble que tout cela est un mensonge, et l’esprit refuse de croire qu’un petit nombre d’Anglais, vivant dans une petite région de Madras, aient pu subjuguer les grandes puissances et les gouvernements de l’Inde. Le bon sens refuse d’accepter une telle dégradation morale, comme celle qui existait parmi les Indiens à cette époque. Dans certains endroits, des princes étaient soudoyés avec la promesse que, s’ils se rebellaient contre leurs pères ou leurs frères, ils seraient placés sur le trône à leur place. Ces gens malhonnêtes et déshonorants acceptaient de tels pots-de-vin. Ailleurs, des vizirs étaient séduits par l’espoir de voir un État leur être attribué, ou de recevoir une haute fonction, et ces humains sans scrupules acceptaient ces promesses.
Par de telles machinations et par de tels pots-de-vin, les Européens, venus en Inde en très petit nombre, commencèrent à se répandre comme un lourd nuage, couvrant progressivement tout le pays. Comparée à la puissance des Marathas ou à celle du Nizam de Hyderabad, la puissance des Britanniques à Madras ne représentait même pas un dixième. De la même manière, la puissance des Britanniques au Bengale n’était pas égale à un dixième de celle de Siraj-ud-Daulah. Pourtant, ils ont été vaincus, et les Britanniques ont remporté la victoire.
Il semble y avoir une raison fondamentale à toutes ces victoires et défaites : les vizirs et ministres étaient corrompus, acceptant des pots-de-vin ou cédant à d’autres formes de cupidité. Sans cette malhonnêteté, il n’y aurait jamais eu de domination britannique en Inde. Cependant, en présence de cette malhonnêteté, s’il n’y avait pas eu de gouvernement britannique, il y aurait eu un gouvernement français. S’il n’y avait pas eu de gouvernement français, il y aurait eu un gouvernement portugais, et s’il n’y avait pas eu de gouvernement portugais, il y aurait eu quelque autre gouvernement. En toute situation, ce pays n’était pas capable de porter son propre fardeau.
Le poids de la malhonnêteté avait courbé son dos, et l’avidité avait tant affaibli son moral qu’il était incapable de marcher parmi les nations nobles. Les Indiens étaient les victimes du monde. Si les Britanniques n’étaient pas venus, quelqu’un d’autre serait venu. Ils étaient incapables de gérer leur propre gouvernement. De haut en bas, la malhonnêteté était omniprésente.
En avançant vers Lucknow, en Inde centrale, et en observant ce qui s’est passé à Delhi ensuite, nous voyons un spectacle tout aussi incroyable de malhonnêteté. Lorsque la révolte (Mutiny) a eu lieu, les Indiens voulaient se libérer des Britanniques. Il y eut de nombreuses occasions où le gouvernement de Delhi était très proche de la victoire, mais les traîtres et les personnes malhonnêtes du pays anéantirent ces opportunités.
C’est un incident historique bien connu que, lors d’une telle occasion, l’armée britannique aurait facilement pu être bombardée. J’ai moi-même vu cet endroit à Delhi. Mais Zeenat Mahal, la reine favorite du roi, fut soudoyée par les Britanniques et informée que si elle les aidait, son fils serait placé sur le trône. Lorsque les officiers militaires de Delhi conseillèrent au roi de tirer des canons depuis le fort et que le roi accepta leur conseil, un message fut envoyé à Zeenat Mahal par l’armée britannique, lui disant que si elle permettait le tir des canons, tous ses espoirs seraient réduits à néant.
La ruse de telles femmes est bien connue dans notre pays : lorsque le roi ordonna le tir des canons, sa femme simula une crise et dit au roi : « Mon cœur tremble au son des canons. Si tu ne les arrêtes pas, je mourrai. Pour l’amour de Dieu, arrête les canons, et si tu dois absolument les tirer, alors tue-moi d’abord pour que je ne les entende pas. » Le roi fut trompé et annula son ordre de tirer. Le résultat fut que le seul endroit d’où l’armée britannique pouvait être efficacement attaquée ne fut pas bombardé, et ainsi, les Britanniques remportèrent la bataille. Le Premier ministre du roi lui-même avait secrètement rejoint les rangs des Britanniques et leur transmettait régulièrement des renseignements.
Le gouvernement d’Oudh fut détruit de manière similaire. Toute la richesse du peuple d’Oudh avait été déposée dans une banque britannique à Calcutta. Lorsque les Britanniques envahirent la région, ils envoyèrent un message aux gens, leur disant que s’ils osaient s’opposer ou se battre contre eux, tout leur argent serait confisqué. Avant que cet argent ne soit déposé, ils furent tentés par la promesse que s’ils plaçaient leur argent dans la banque britannique, ils recevraient de généreux intérêts. Une fois l’argent déposé et les préparatifs pour l’attaque sur Oudh commencés, un avis leur fut envoyé disant que s’ils se révoltaient contre les Britanniques, toute leur richesse serait confisquée. Par conséquent, lorsque les troupes britanniques entrèrent, pas une seule personne ne s’opposa à elles.
Dans ces conditions, comment blâmer les Britanniques ? La faute revient à la nation elle-même, car les gens ne prêtent pas attention à la réforme de leurs mœurs. Chaque fois qu’un cri s’élève pour le Congrès en Inde, j’ai toujours dit qu’ils ne peuvent gouverner tant que la malhonnêteté persiste parmi le peuple. Oui, si vous inculquez un sens national d’honnêteté, alors je prendrai moi-même la responsabilité de convaincre les Britanniques de venir faire la paix avec vous.
Observez ce qui se passe encore aujourd’hui : bien que des ministères du Congrès aient été établis dans de nombreuses provinces, les pots-de-vin sont monnaie courante d’une manière dangereuse, et maintenant même Gandhi a écrit dans un journal que certains incidents portés à son attention prouvent que cela est vrai.
Ainsi, tant qu’une nation n’est pas honnête, il ne peut y avoir de gouvernement issu de son peuple, ni ne peut-elle accéder au pouvoir. Si, à un moment donné, elle obtient un gouvernement simplement sur la base de sa majorité, elle ne pourra pas le maintenir. Cependant, cela ne concerne pas uniquement les gouvernements, de peur qu’on dise que je ne parle que de gouvernements et non de la Communauté Ahmadiyya.
En rélaité, le pouvoir et l’unité ne sont pas seulement liés aux gouvernements, mais aussi aux nations. Certaines nations triomphent par l’épée, et d’autres grâce à leur Nizam (système) et par le Tabligh (prédication).
Notre communauté ne triomphera pas par l’épée, mais par son système et sa prédication. Les communautés qui prospèrent grâce à leur organisation et leur prédication ont encore plus besoin d’honnêteté que celles qui triomphent par l’épée, car ces dernières peuvent simplement tuer une personne malhonnête. Cependant, les communautés qui ne possèdent pas d’épée souffrent grandement de la malhonnêteté, car elles n’ont aucun remède contre ceux qui sont malhonnêtes. Lorsqu’une personne commet une trahison parmi les Britanniques, les Français ou les Allemands, elle est jugée en justice et, si elle est reconnue coupable, elle est exécutée. Mais lorsqu’un traître naît parmi ceux qui n’ont pas de gouvernement et qui ne cherchent pas à réussir par l’épée mais par un système et la prédication, que peuvent-ils faire sinon confronter cette personne par des arguments ?
Parfois, cette confrontation a pour conséquence que le traître provoque un grand tumulte. En voyant cela, ceux qui ont une nature déjà encline à la trahison commencent aussi à penser : « Puisque ces gens ne détiennent aucun pouvoir, pourquoi ne pas créer davantage de dissensions ? » Ainsi, eux aussi contribuent à ternir le nom de la Jama’at.
Il n’existe qu’un seul remède à ce type de désordre : la trahison doit être éradiquée. Cela ne sera possible que si un tel esprit est présent dans la nation, où chaque individu préfère la mort à la trahison, et où chacun déclare qu’il mourra, mais ne trahira pas son peuple. Cette malhonnêteté peut être individuelle ou collective.
La malhonnêteté individuelle détruit complètement l’économie. Lorsque je suis allé au Cachemire, j’ai appris que les commerçants cachemiris, pour le commerce de l’argent seul, avaient des échanges d’une valeur de un crore de roupies (dix millions) avec les Européens. Un commerce de cette valeur signifie qu’ils réalisaient des profits de vingt à vingt-cinq lakhs (deux millions et demi), sans compter les salaires. On m’a dit que ce commerce est maintenant réduit à environ seize lakhs seulement (1,6 million). La raison en est que les Européens disent que leurs produits n’ont aucune qualité. Parfois, les commerçants cachemiris envoient une chose, parfois une autre. Parfois, ils expédient quelque chose de magnifique, et parfois, ils falsifient les marchandises.
Si ces commerçants avaient agi avec honnêteté, le commerce, au lieu de stagner à un crore, aurait atteint trois à quatre crores.
Le commerce était rare dans le passé – l’augmentation du commerce ne s’est produite que récemment. Si, à une époque où le commerce était très lent, ils pouvaient réaliser des affaires d’une valeur d’un crore, cette valeur aurait certainement atteint trois ou quatre crores aujourd’hui. Mais au lieu de voir leurs affaires prospérer jusqu’à cette valeur, et de réaliser un profit de un à un crore et demi, leur commerce a décliné, passant d’une valeur d’un crore à seulement seize lakhs. Si, pour un petit profit, ils n’avaient pas été malhonnêtes, leur commerce aurait prospéré. Mais à cause de leur malhonnêteté, ils ont subi de lourdes pertes. Ainsi, la confiance individuelle est également maintenue grâce à l’honnêteté.
Observez les Britanniques : ils ont de nombreux ennemis, mais même ces ennemis reconnaissent qu’ils sont plus dignes de confiance en matière de commerce. Les gens ne feraient pas autant confiance aux Allemands ou aux Japonais qu’ils font confiance aux Britanniques, car ces derniers ont construit leur réputation sur l’honnêteté. J’ai vu que les Japonais, par exemple, ne sont pas très dignes de confiance non plus, et les commerçants japonais font souvent faillite. Une fois, j’ai demandé à quelques marchands de Calcutta pourquoi cela arrivait fréquemment aux Japonais, et ils m’ont expliqué que leurs pratiques commerciales étaient problématiques.
Ils donnent d’abord un prix spécifique pour un produit et l’annoncent. Par exemple, ils fabriquent des bottes et déclarent qu’elles coûtent une roupie par paire. En trouvant ces chaussures bon marché, de grandes entreprises passent des commandes importantes, certaines pour cent mille paires, d’autres pour deux cent mille, voire trois ou quatre cent mille paires. Avant que les marchandises n’arrivent, on apprend que le prix est passé à douze anna. Ceux qui n’avaient pas initialement acheté passent alors aussi de grandes commandes, mais leurs marchandises n’arrivent toujours pas, et l’on rapporte que le prix est descendu à huit anna. En voyant ces produits encore moins chers, encore plus de gens passent des commandes. Même si davantage de marchandises sont vendues ainsi, le premier commerçant ayant commandé cinq cent mille paires subit une perte de cent cinquante mille et, dès lors, il devient très méfiant envers les Japonais.
Bien que les produits deviennent moins chers et que les ventes augmentent, les commerçants japonais ne réalisent pas qu’ils s’engagent dans une mauvaise direction. À long terme, une telle habitude ne s’avère pas bénéfique et cause des dégâts. Les Japonais ne sont pas malhonnêtes quant à la qualité des produits, mais leurs pratiques de fluctuation des prix nuisent à leur commerce. Ainsi, bien que leurs produits soient compétitifs, les commerçants expérimentés préfèrent toujours les produits britanniques, même à un prix similaire, car ils estiment que les Britanniques sont dignes de confiance, tandis que les Japonais arnaquent.
Au-dessous des Britanniques viennent les Américains et les Allemands, et encore un niveau plus bas, les commerçants des autres pays. Cependant, l’Indien est tristement réputé comme étant extrêmement peu fiable dans le commerce, à tel point qu’aucune nation ne lui fait confiance. La plupart des pèlerins à La Mecque sont des Indiens, mais savez-vous comment ils sont connus là-bas ? Les Indiens y sont appelés بطل (Battal), ce qui signifie qu’ils sont de grands menteurs et très malhonnêtes. Lorsque quelqu’un parle des Indiens, les gens disent : « Hindi Battal », signifiant que les Indiens sont menteurs, trompeurs et voleurs.
Ils font confiance aux Javanais, aux Chinois, aux Afghans, aux Égyptiens, aux Iraniens, et même aux Russes, mais lorsque l’on mentionne les Indiens, ils disent : « Hindi Battal. » C’est pourtant l’Indien qui prétend aimer La Mecque le plus, qui participe le plus à la protection des lieux saints, et qui essaie toujours d’être en première ligne. Mais quel effet a-t-il laissé sur les gens là-bas pour qu’ils le qualifient de « Hindi Battal » ?
Si leurs mœurs étaient bonnes, les gens se sacrifieraient pour eux, tout comme ils se sacrifient pour d’autres. N’est-il pas étrange que lorsque le Califat turc est attaqué, ce sont les Indiens qui se mobilisent pour le protéger ? Lorsque les Britanniques menacent les Égyptiens, ce sont les Indiens qui s’offrent pour se battre. Quand l’Afghanistan est attaqué, les musulmans indiens s’agitent. Quand l’Iran est en danger, les musulmans indiens poussent des cris—comme si les musulmans indiens portaient la douleur du monde entier dans leurs cœurs et que, partout où un musulman souffre, ils deviennent inquiets et agités.
Cependant, lorsque les musulmans indiens sont eux-mêmes en difficulté, même les dirigeants égyptiens disent que ces gens sont terriblement naïfs.
Lorsqu’on leur offre l’opportunité d’obtenir la liberté, pourquoi ne coopèrent-ils pas avec les Hindous ? Les Turcs disent également que les musulmans indiens sont stupides ; ils ne savent pas agir avec sagesse. Les Iraniens disent eux aussi que les musulmans de l’Inde sont des imbéciles, et les Afghans disent également que les musulmans indiens sont dépourvus d’intelligence et de compréhension.
Cela est dû au fait que leur comportement a laissé une mauvaise impression dans les cœurs des autres, et à cause de cela, même leurs sacrifices ne sont pas appréciés. Ils pensent que leurs sacrifices sont également un signe de faiblesse. Tout comme une personne faible peut parfois se montrer enthousiaste, mais cet enthousiasme ne provient pas d’une intention noble, mais d’une faiblesse de nature, de la même manière, ils considèrent que le sacrifice des musulmans indiens n’est pas motivé par une vertu, mais par une faiblesse.
Si les 80 millions de musulmans d’Inde possédaient de bonnes mœurs, ils auraient été suffisants pour sauver l’Inde. Oubliez 80 millions : même s’il y avait 40 millions de musulmans en Inde avec de bonnes mœurs, aucune puissance étrangère n’aurait pu oser lever les yeux sur cette nation. Comment quelques milliers de Britanniques, Français ou même Portugais auraient-ils pu trouver la force de défier 40 millions de musulmans ? Pas même 40 millions : si 20 millions de musulmans honnêtes étaient présents en Inde, ce pays n’aurait jamais été asservi par une autre puissance.
À l’époque, si 20 millions de musulmans avaient été prêts à sacrifier leur vie, qui aurait eu la force de lever les yeux sur l’Inde ? En fait, même s’il y avait 10 millions de musulmans honnêtes, et si ce n’était pas 10 millions, alors 5 millions, et si ce n’était pas 5 millions, alors 2,5 millions, et même si ce nombre se réduisait à 1,2 million de musulmans honnêtes, notre pays ne serait pas dans l’état où il se trouve aujourd’hui.
La présence de 1,2 million de musulmans honnêtes aurait signifié qu’on aurait pu constituer une armée de 100 000 soldats vaillants, et si cette force existait, même la puissance combinée des Britanniques et des Français n’aurait pas pu l’emporter sur eux.
Pour qu’un pays ait huit pour cent de sa population comme soldats, c’est ordinaire. Les nations en guerre atteignent parfois jusqu’à seize pour cent de leur population en tant que soldats, et, en période de crise, trente à quarante pour cent de la population peut être prête à se battre. En tout cas, si le standard militaire le plus bas avait été appliqué à notre nation, alors parmi un million de musulmans, cent mille soldats auraient pu être trouvés, et selon le standard le plus élevé, environ quatre cent soixante-quinze mille auraient été prêts à combattre les Britanniques. Si un nombre aussi important avait existé, quelle puissance aurait pu conquérir l’Inde ? Ni les Britanniques, ni les Français, ni les Portugais n’auraient eu la force de le faire.
Mais en réalité, à l’époque, il n’y avait que quelques milliers ou quelques centaines de personnes honnêtes et prêtes à se sacrifier pour leur pays. Le reste était composé de voleurs, de trompeurs, de fraudeurs, de personnes acceptant des pots-de-vin, de traîtres, et, par leur corruption constante, ces mêmes personnes étaient responsables de la destruction du gouvernement de leur propre nation. Quelle tristesse pour un pays qui, avec une population de trois cent trente millions, n’a même pas pu trouver quatre ou cinq mille hommes loyaux pour défendre la nation. Y a-t-il un exemple plus malheureux que celui-ci ?
Oublions même le pays : ces gens n’étaient pas fidèles à eux-mêmes. Le gouvernement était tombé, mais pourquoi laisser le commerce s’effondrer aussi ? Pourtant, la chute du commerce sous leur contrôle montre que ces gens n’étaient même pas loyaux envers eux-mêmes. S’ils avaient eu ne serait-ce qu’un soupçon de loyauté envers eux-mêmes, leurs affaires n’auraient jamais été détruites par leurs propres mains.
La malhonnêteté est quelque chose qui détruit à la fois la nation et l’individu. Mais la nation où l’honnêteté est solidement établie est respectée partout et personne n’est capable de l’humilier. De la même manière, lorsqu’une intégrité individuelle naît au sein d’une nation, celle-ci commence à faire des progrès économiques. Cette intégrité individuelle se divise en deux catégories : commerciale et morale.
Certaines nations qui manquent d’intégrité morale mais possèdent une intégrité commerciale ne tombent pas non plus – regardez les Hindous. Il n’y a pas d’intégrité morale chez les commerçants hindous, mais il existe une intégrité commerciale, et c’est grâce à cela que leurs affaires prospèrent.
De la même manière, l’influence d’une nation où l’intégrité morale est née touche les cœurs des autres. Où qu’aille son peuple, on les consulte et on se fie à leurs paroles. Mais une nation qui possède à la fois une intégrité nationale, une honnêteté commerciale et une intégrité morale est aussi puissante qu’une montagne. On pourrait déplacer l’Himalaya, mais il serait impossible de détruire une telle nation.
Une telle nation non seulement se protège elle-même, mais devient aussi une cause de sauvegarde pour les autres. Grâce à elle, d’autres nations sont préservées des malheurs et des misères, devenant ainsi une bénédiction pour le monde.
Je dis à la Khuddamul Ahmadiyya qu’ils doivent inculquer ces trois formes d’intégrité parmi les gens, et qu’ils en possèdent déjà les moyens, car la responsabilité de la jeunesse leur a été confiée. Vous devez insuffler une intégrité nationale, commerciale et morale au sein de la jeunesse.
L’intégrité commerciale ne signifie pas seulement adopter l’honnêteté dans le commerce et les contrats, mais concerne également l’emploi, car un employé donne son temps à autrui. Tout comme il est du devoir de chaque commerçant d’agir avec honnêteté dans ses affaires, il est aussi du devoir de chaque employé de travailler avec honnêteté. Un employé honnête est respecté de tous et recherché pour ses services. Mais s’il est prouvé qu’une personne manque d’honnêteté, sa valeur disparaît du cœur des autres. Ainsi, cultivez en vous-même une intégrité nationale, commerciale et morale.
L’intégrité morale signifie que, quelle que soit la perte que vous pourriez subir en respectant votre parole, vous devez honorer votre engagement et votre nation, même si cela vous coûte.
Il existe une célèbre histoire, bien qu’elle provienne de notre pays — malheureusement, même nos propres traditions ne sont pas enregistrées par nous, mais par les Britanniques. Lorsque j’étais à l’école, une histoire était diffusée à la radio concernant un Espagnol nommé Yusuf, qui était un exemple remarquable d’honnêteté. Yusuf était un noble et célèbre commerçant d’Espagne. Un jour, un homme tua son unique fils. Yusuf ne savait pas que son fils avait été tué. Le meurtrier, poursuivi par la police, courait devant eux. En continuant à courir, il entra dans la maison de Yusuf et lui demanda refuge, expliquant que la police était à ses trousses.
Le meurtrier ignorait qu’il s’agissait du père de celui qu’il avait tué, et Yusuf ignorait également que cet homme avait tué son fils. Les Arabes ont une caractéristique particulière : lorsqu’une personne demande refuge chez eux, ils ne refusent pas et lui accordent leur protection. Yusuf lui répondit donc qu’il lui offrirait son refuge. Peu de temps après, la police arriva et demanda à Yusuf si quelqu’un était entré dans sa maison en courant. Ils lui expliquèrent qu’ils poursuivaient un meurtrier et voulaient l’arrêter. Yusuf avait caché l’homme quelque part dans sa maison. Il répondit à la police qu’il n’y avait personne là-bas. De cette façon, il ne mentit pas et ne révéla pas non plus la cachette de l’homme. La police partit alors.
Un peu plus tard, ses serviteurs arrivèrent avec le corps de son fils et l’informèrent que quelqu’un l’avait tué. En voyant le corps de son fils, Yusuf comprit immédiatement la vérité et réalisa que la personne qu’il avait abritée était celui qui avait tué son fils. Cependant, il ne trembla pas et n’informa toujours pas la police de l’endroit où se cachait le meurtrier. Une fois tout le monde parti, il alla voir l’homme et lui dit :
« L’homme que tu as tué était mon fils unique. Mais comme je t’ai promis refuge, je ne dirai rien contre toi. Je vais même te fournir des moyens pour fuir. Prends ce chameau avec ces provisions et pars dans une autre direction. »
Ainsi, l’homme monta sur le chameau et s’enfuit. C’est cela l’intégrité morale. Cela ne lui a apporté aucun bénéfice, mais plutôt une perte. Pourtant, puisqu’il avait donné sa parole et que cela ne violait aucune injonction de la Shariah, il la respecta, et malgré le meurtre de son fils unique, il sauva la vie du meurtrier.
Ainsi, l’honnêteté individuelle est également très importante et peut avoir un impact profond sur les cœurs des autres. De même, aux premiers jours de l’Islam, à l’époque de Hazrat Umar (ra), un homme fut arrêté pour meurtre. Il déclara : « Accordez-moi un délai, car j’ai des biens en dépôt pour des orphelins et je souhaite retourner chez moi pour m’en acquitter. » C’était un Bédouin, et les Bédouins sont très difficiles à poursuivre car ils résident dans des déserts qui s’étendent sur des centaines de kilomètres. S’ils sont à un endroit un jour, ils se trouvent ailleurs le lendemain. Ils n’ont pas de lieu fixe où on peut les trouver, et s’ils s’échappent, il est extrêmement difficile de les localiser.
Hazrat Umar (ra) lui répondit : « Si tu peux nous fournir une garantie, nous te libérerons. Sinon, ce n’est pas possible. » L’homme regarda autour de lui et désigna un compagnon, qui était soit Abu Dharr soit Abu Darda (je ne me souviens pas exactement du nom), en disant : « Il sera mon garant. » Hazrat Umar (ra) lui demanda s’il acceptait de fournir cette garantie, ce à quoi le compagnon répondit qu’il le ferait. Être le garant d’un meurtrier signifiait risquer sa propre vie, car si le meurtrier ne revenait pas au moment convenu, le garant serait exécuté à sa place. Sur cette garantie, Hazrat Umar (ra) libéra l’homme, qui partit.
Lorsque le jour fixé pour son châtiment arriva, les gens commencèrent à attendre son retour, mais le temps passait sans aucune nouvelle de lui. Les amis du compagnon commencèrent à s’inquiéter et lui demandèrent s’il connaissait réellement cet homme. Il répondit qu’en réalité, il ne le connaissait pas. Ils lui demandèrent pourquoi il avait accepté de fournir cette garantie, et il répondit que l’homme lui avait fait confiance, alors pourquoi ne lui ferait-il pas confiance à son tour ? Les cœurs de ses amis devinrent agités, se demandant ce qu’il allait advenir de lui.
Mais lorsque le moment fixé approcha, les gens aperçurent un nuage de poussière au loin. Tous leurs regards se tournèrent vers ce spectacle. Peu de temps après, ils virent un cavalier chevauchant à une telle vitesse qu’il semblait que le ventre de son cheval touchait le sol. Lorsqu’il arriva et descendit de son cheval, celui-ci rendit son dernier souffle et mourut. Le cavalier était l’homme pour lequel le compagnon avait fourni une garantie. Il dit : « J’avais de nombreux biens en dépôt qui m’ont pris beaucoup de temps à restituer. J’ai donc dû pousser ce cheval à sa limite pour voyager rapidement et arriver ici à temps, de peur que mon garant ne subisse des conséquences à cause de moi. »
L’honnêteté est une telle vertu que, même des centaines d’années après de tels événements, en les lisant aujourd’hui, il semble que nous ne vivons pas dans un monde rempli de péchés mais dans un paradis où seule la vertu existe, bien que ce ne soient que des cas individuels. Voici l’histoire d’un homme parmi des millions ou des milliards d’autres, mais elle rend l’humanité si belle qu’on dirait que tous les péchés du monde sont dissimulés à nos yeux.
De même, il existe des exemples d’intégrité commerciale parmi nos ancêtres. On raconte dans l’histoire qu’un jour, un homme apporta un cheval au marché pour le vendre et en fixa le prix à cinq cents dirhams. Un compagnon vit le cheval, le trouva à son goût, et dit : « Je veux acheter ce cheval, mais je ne paierai pas cinq cents dirhams, je paierai deux mille dirhams, car ce cheval est de grande lignée et vaut bien plus que ce que tu affirmes. » Cependant, le vendeur insista qu’il ne prendrait que cinq cents dirhams, et l’acheteur maintint qu’il ne l’achèterait pas pour moins de deux mille dirhams. L’un disait : « Tu ne connais pas la valeur de ton cheval, il est très cher », tandis que l’autre répondait : « Je ne veux pas de charité. Je connais mon propre cheval et je n’accepterai que cinq cents dirhams. »
Hélas, comme le monde d’aujourd’hui est différent ! À cette époque, l’acheteur augmentait le prix et le vendeur le diminuait. Mais aujourd’hui, un produit valant deux anna est vendu pour dix roupies.
Je n’ai pas observé cela lors de mes deux derniers voyages à Bombay, mais je l’ai expérimenté il y a quinze à vingt ans lors d’une visite dans cette ville. Puisque les nouveaux arrivants ne connaissent généralement pas la qualité des produits, certaines personnes adoptent une méthode bien particulière. Lorsqu’elles voient un étranger, elles l’abordent en disant qu’elles sont en voyage mais n’ont pas les moyens de payer leur billet pour se rendre à tel ou tel endroit. Elles ajoutent : « J’ai un stylo qui coûte quinze roupies, mais vous pouvez me donner dix roupies pour m’aider à payer mon billet. »
En réalité, le stylo ne vaut que six ou sept paisas (centimes), mais parfois, elles tombent sur une personne naïve qui, voyant son revêtement brillant (en réalité fait d’étain), pense que c’est une bonne affaire et l’achète pour dix roupies, alors qu’il ne vaut que six ou sept paisas. D’autres, plus prudents, commencent à négocier et font baisser le prix de dix roupies à neuf, puis à huit, sept, six, cinq, et ainsi de suite. Parfois, le stylo initialement évalué à quinze roupies est vendu pour cinq ou sept anna, et l’acheteur pense avoir fait une affaire. Pourtant, c’est le vendeur qui l’a escroqué, car il a obtenu une somme considérable pour un stylo sans valeur.
La même chose m’est arrivée une fois, mais comme des amis m’avaient prévenu, j’ai immédiatement décliné l’offre en disant que je n’en avais pas besoin. Mais le vendeur insista : « Si ce n’est pas pour dix roupies, alors pour neuf roupies, ou pour huit, ou pour sept, ou pour six, ou même pour cinq. » Lorsque je lui ai dit que je n’avais pas besoin de stylo, il répondit : « Alors même pour quatre roupies, ou trois, ou deux, ou une. » Finalement, il baissa encore le prix, demandant huit anna, puis sept, puis six. Je lui ai alors dit : « Quand je t’ai dit que je n’en voulais pas, pourquoi devrais-je payer même six anna ? »
De manière similaire, au Cachemire, j’ai vu des gens vendre des sacs de musc en affirmant : « Ceci contient un tola de musc et sa valeur réelle est de trente-deux roupies. Cependant, comme nous avons grand besoin d’argent, nous sommes prêts à le vendre pour vingt-quatre ou vingt-cinq roupies. » Puis, ce même sac de musc, initialement évalué à vingt-cinq roupies, est parfois vendu pour huit anna. Après avoir acheté ce sac à un prix aussi bas, on se croit le meilleur négociant du monde. Mais en ouvrant le sac, on découvre qu’il ne contient rien d’autre que du sang séché de pigeon. On réalise alors que ce n’est pas nous qui sommes des experts, mais bien le truand qui nous a trompés.
Ces escrocs frottent un peu de musc sur l’extérieur du sac, mais remplissent l’intérieur avec du sang de pigeon. Grâce à certains produits chimiques, le sang de pigeon peut ressembler au musc, et une personne non avertie pense avoir conclu une bonne affaire.
Ils pensent avoir acheté un sac de musc pour seulement huit anna, alors qu’en réalité, ce n’est que du sang de pigeon qui ne vaut même pas un paisa.
Prenons maintenant l’intégrité nationale. Nous voyons d’un côté qu’il y a au moins quatre-vingts millions de musulmans et seulement quelques centaines de Britanniques occupant le pays. De l’autre côté, nous voyons mille soldats arabes expérimentés de La Mecque descendre à Badr pour combattre. Face à eux se trouvent seulement trois cent treize hommes, dont beaucoup n’ont jamais manié une épée de leur vie, deux d’entre eux n’ont que quinze ans. Parmi eux, seulement deux cents peuvent être qualifiés de soldats, et même eux ne sont pas de grands guerriers, à l’exception de quelques-uns, comme Hazrat Hamza (ra), Hazrat Ali (ra), Hazrat Abu Bakr (ra), Hazrat Umar (ra), Hazrat Talha (ra) et Hazrat Zubair (ra), qui appartenaient à des familles où l’art de la guerre était enseigné dès l’enfance. Ces quelques hommes étaient particulièrement compétents. Le reste étaient des soldats ordinaires.
Cependant, chaque individu dans l’armée mecquoise était considéré comme équivalent à mille hommes et tous étaient experts dans l’art de la guerre. Lorsque les armées musulmanes et les mécréants se sont retrouvées face à face, quelqu’un remit en question l’intérêt de la bataille, disant qu’il y avait très peu de musulmans, que la plupart des combattants étaient des Mecquois, et que peu d’Ansar participaient à cette bataille. Il ajouta que si les musulmans étaient tués, il y aurait un deuil à La Mecque de toute façon. Les gens n’écoutèrent pas cet argument, mais ils envoyèrent un éclaireur pour évaluer le nombre de musulmans et l’état de leur équipement.
Cet homme se révéla très astucieux. Lorsqu’il arriva, il observa d’abord l’endroit où la nourriture des musulmans était préparée. Puis il examina le nombre de cavaliers. De retour à son camp, il informa son armée qu’il estimait qu’il y avait environ trois cents à trois cent quinze musulmans. Quelle estimation précise ! Les musulmans étaient effectivement environ trois cent treize. Mais il dit :
« Mes frères, mon conseil est de ne pas combattre. »
Quand Abu Jahl entendit cela, il se mit en colère et demanda :
« Pourquoi ne devrions-nous pas combattre, as-tu peur ? »
L’homme répondit :
« Que je sois effrayé ou non sera révélé sur le champ de bataille. Cependant, je donne ce conseil car j’ai vu la mort monter sur leurs chameaux et chevaux, pas des hommes. Chacun d’entre eux est venu ici avec l’intention de périr avant de revenir en échec. Leur visage montre qu’ils sont déterminés soit à mourir, soit à vous détruire. Ne considérez donc pas ce combat comme les autres. Ce sera une bataille très importante et décisive : soit ils vous détruiront, soit, s’ils ne peuvent le faire, ils périront eux-mêmes dans leur tentative. Mais ils ne se retireront pas du champ de bataille. Une telle nation, dont chaque individu est prêt à mourir, est difficile à vaincre. »
Quelle phrase extraordinaire il a prononcée : « Chaque musulman est parti de chez lui avec l’intention de ne pas revenir sans obtenir la victoire ou la mort ! » En une courte phrase, il a exprimé les sentiments qui bouillonnaient dans le cœur des musulmans.
Cette phrase est l’une de ces phrases historiques qui seront toujours mémorables : « Mes frères, je n’ai pas vu des hommes mais j’ai vu la mort monter sur des chameaux et des chevaux. » Voyez comment ses paroles se sont réalisées. En réalité, ils se sont avérés être comme la mort elle-même. Soit ils furent tués, soit ils tuèrent les mécréants.
Ceux pour qui la mort était destinée ont rencontré leur fin, et ceux pour qui elle ne l’était pas ont détruit les habitants de La Mecque d’une manière telle que le deuil envahit chaque rue de la ville. Il n’est pas inhabituel qu’un millier d’hommes quittent une ville pour se battre, surtout lorsque celle-ci ne compte que dix ou quinze mille habitants. Ce n’est pas non plus surprenant qu’un homme sur douze soit tué ou blessé. Mais lorsque nous voyons que les hommes tués étaient des figures éminentes, nous comprenons encore mieux l’état des Mecquois.
Parmi les chefs tués, chacun était un pilier de La Mecque, sur lequel des milliers de personnes s’appuyaient. Abu Jahl, Utbah et Shaybah étaient tous des leaders influents de la ville : ils avaient de nombreux serviteurs et esclaves, des dizaines travaillaient pour eux, et beaucoup étaient sous leur protection. Chacun d’entre eux était responsable d’un tiers ou d’un quart de la ville. La mort d’un tel homme causait le deuil non seulement de ses proches, mais aussi de milliers d’autres.
Après leur défaite, les habitants de La Mecque se trouvèrent dans un état si lamentable qu’ils pensèrent que s’ils pleuraient leurs morts, l’honneur de La Mecque serait réduit à néant. Les chefs arabes qui avaient survécu se concertèrent et décidèrent que personne ne devait pleurer les victimes de Badr. Si quelqu’un désobéissait, il serait expulsé de la nation, boycotté et condamné à une amende.
Les Arabes étant une nation tribale avec un fort esprit communautaire, il leur était impossible de désobéir à cet ordre. Ainsi, les mères, avec un poids sur leur poitrine, les pères, piétinant leur douleur, et les enfants, mordant leurs lèvres, restèrent silencieux. Pas un soupir ne franchit leurs lèvres, car leurs chefs avaient décidé qu’ils ne devaient pas pleurer, de peur que Muhammad (saw) et ses compagnons ne se réjouissent en disant : « Regardez comment nous avons vaincu les habitants de La Mecque. » Mais leurs cœurs brûlaient, des flammes faisaient rage dans leurs poitrines, et leurs âmes étaient déchirées.
Ils fermaient leurs portes et, assis dans l’obscurité, pleuraient en silence pour ne pas attirer l’attention. Cependant, cela ne leur apportait pas de réconfort, car, en période de deuil, l’homme cherche du soutien auprès des autres. Une épouse souhaite que son mari apaise sa douleur, et le mari désire la consolation de son épouse. Un père veut partager son chagrin avec son fils, et un fils veut le partager avec son père. De même, les voisins cherchent à partager leur peine. Lorsqu’il y a des centaines ou des milliers de personnes endeuillées, chacun veut se réconforter mutuellement pour alléger sa douleur.
S’asseoir dans l’obscurité et pleurer en silence ne les consolait donc pas. Un mois passa, et cet ordre resta en vigueur. Pendant ce temps, le feu qu’ils avaient gardé caché dans leurs cœurs continuait de brûler. Enfin, un mois plus tard, un voyageur passa par là avec un chameau qui mourut en chemin. Il criait et pleurait sa perte, disant : « Oh, mon chameau est mort, mon chameau est mort ! »
Un vieil homme de La Mecque, qui était assis chez lui, les portes fermées, entendit cela. Il ouvrit ses portes, se rendit sur le marché et fit une scène en disant : « Cet homme est autorisé à pleurer la mort de son chameau, mais moi, je ne peux pas pleurer mes trois jeunes fils qui ont été tués. » Ce slogan qu’il lança provoqua un tumulte à La Mecque.
Après cela, plus personne ne se soucia de la loi ni de la menace d’expulsion de la communauté. Toutes les portes des maisons de La Mecque s’ouvrirent, et les femmes et les enfants envahirent les places et les marchés, se frappant de douleur et exprimant leur chagrin. Ces morts étaient celles causées par les trois cent treize courageux compagnons, qui laissèrent une marque indélébile sur l’histoire.
Lorsque l’Ange de la Mort peut prendre la vie du monde entier, si une personne devient son représentant et déclare qu’elle mourra mais n’abandonnera pas sa tâche, alors qui peut la tuer ? L’islam n’autorise pas l’oppression ni la prise de la loi entre ses propres mains. Cependant, l’islam ne fait aucune exception pour celui qui, par peur ou trahison, fuit le champ de bataille. Un tel individu n’aura d’autre demeure que l’Enfer.
Il pourra proclamer qu’il n’y a pas d’autre dieu que Allah, il pourra dire que Muhammad (saw) est le Messager d’Allah, il pourra accomplir ses prières, payer la Zakat et suivre toutes les injonctions de l’islam, mais Allah lui dira qu’il n’aura d’autre demeure que l’Enfer, car il s’est rendu coupable de trahison. Ainsi, la trahison est un crime extrêmement dangereux.
Observez les Compagnons. Quel merveilleux exemple d’intégrité nationale ont-ils donné ! Ils ont montré une telle intégrité que même leurs ennemis les plus acharnés ont reconnu cette vertu. C’est pourquoi ils ont pu conquérir le monde. Si nous inculquons cette qualité en nous-mêmes, elle nous permettra d’être victorieux.
Rappelez-vous qu’aucune nation ne peut en vaincre une autre qui est déterminée à mourir pour sa cause. Même si elle est attaquée, elle ne disparaît pas, mais se relève. Elle ne tombe pas, mais progresse. Ainsi, l’une de vos tâches est d’inculquer cette intégrité nationale chez les jeunes.
De même, vous devriez développer en eux l’intégrité commerciale ou, pour employer un terme plus large, l’intégrité sous toutes ses formes. En même temps, ne négligez pas l’intégrité morale. Si vous enseignez régulièrement cette leçon à la jeunesse, en veillant à ce qu’il n’y ait aucun manque d’honnêteté parmi eux, et si vous essayez de développer cet esprit au sein de vos amis, voisins, proches, membres de la communauté et habitants de votre ville, alors vous entreprendrez sûrement une tâche qui insufflera une nouvelle vie à la Jama’at.
Ce qu’il reste à discuter, c’est la vérité. En ce qui concerne la vérité, c’est une chose sans laquelle il ne peut y avoir de paix dans ce monde. Tous les conflits et querelles naissent uniquement des mensonges. Si les gens ne se font pas confiance ou s’il existe une tension dans leurs relations, c’est uniquement parce qu’ils ne disent pas la vérité.
Mais en ce qui concerne les personnes dont l’honnêteté est reconnue par les autres, les gens seront prêts à accepter des choses de leur part qu’ils n’accepteraient dans aucune autre situation. Un hadith raconte qu’une fois, un homme vint voir le Saint Prophète (saw). Cet homme semblait être de nature simple, quelqu’un qui avait réfléchi à l’islam mais dont le cœur n’était pas encore totalement convaincu. Cependant, un doute subsistait en lui : si l’islam était réellement vrai, quelle réponse donnerait-il à Dieu le Tout-Puissant ?
Comme le Saint Prophète (saw) était reconnu pour sa véracité et que tout le monde reconnaissait qu’il ne mentait jamais, cet homme décida de porter la question directement à lui et de lui demander si sa revendication était vraie ou non. N’est-ce pas étrange qu’il aille demander au principal intéressé si sa propre revendication était vraie ? Puisqu’il ne croyait pas encore au message du Saint Prophète (saw), il lui dit : « Ô Muhammad ! J’ai une question, jure par Dieu et réponds-moi. » Le Saint Prophète (saw) répondit : « Très bien, pose ta question. »
L’homme continua : « Alors, jure par Dieu que ce que tu affirmes est conforme au commandement de Dieu et qu’Il t’a réellement fait Son messager. » Le Saint Prophète (saw) dit alors : « Je jure par Dieu qu’Allah m’a envoyé comme messager. » En entendant cela, l’homme dit : « Si c’est le cas, alors tends-moi la main, je veux immédiatement prêter allégeance. »
La question portait sur sa véracité ou sa fausseté, mais comme cet homme était convaincu de la véracité du Prophète (saw) dans les affaires matérielles, il confia son au-delà à lui, concluant que si le Saint Prophète (saw) ne mentait pas sur des questions mondaines, il n’était pas possible qu’il mente sur des questions religieuses.
Ainsi, la vérité est quelque chose qui inspire le respect et l’admiration. Si vous insistez toujours pour dire la vérité, alors chacun d’entre vous sera considéré comme valant des milliers.
Les gens prêchent et se plaignent parfois que cette prédication n’a pas d’effet, mais si l’honnêteté est complètement ancrée dans notre Jama’at, les gens finiront par reconnaître que pas une seule personne dans cette communauté ne ment. Et même si la société actuelle ne vient pas à croire, leurs descendants, eux, reconnaîtront la véracité de l’Ahmadiyyat.
Lorsque leurs enfants entendront dire qu’il y avait une personne honnête qui appelait toujours les gens vers ce qu’ils considéraient comme des mensonges, ils seront contraints de conclure que ceux qui considéraient les croyances des Ahmadis comme erronées se trompaient eux-mêmes.
Inculquez aux jeunes l’habitude de dire la vérité et prenez un engagement de chaque membre pour qu’il le fasse. Si, à un moment donné, ils ne disent pas la vérité, alors vous devez les sanctionner. J’ai souvent signalé à la Jama’at que c’est un Nizam volontaire et qu’un tel système a le pouvoir de punir ses membres. Ainsi, si vous punissez, la loi ne vous en empêche pas. La loi interdit seulement de punir quelqu’un de force. Il n’existe aucune loi contre le fait de sanctionner une personne qui rejoint volontairement un système et affirme elle-même que vous pouvez la sanctionner.
Bien sûr, certaines punitions sont interdites par la loi, comme par exemple la peine de mort. Même si quelqu’un demande volontairement à être exécuté en guise de punition, l’autre personne ne peut pas le faire. Seul le gouvernement a le pouvoir de condamner un criminel à mort. Cependant, des punitions mineures, autres que celles interdites, peuvent être prescrites dans un système volontaire. Les enseignants frappent des élèves tous les jours dans les écoles, et aucune loi ne les en empêche, car les élèves y vont de leur plein gré et acceptent volontairement de se soumettre à ce système. Par conséquent, si quelqu’un accepte un système volontairement, il a le devoir de supporter les sanctions qui en découlent.
Ainsi, vous ne devriez inclure dans La Khuddamul Ahmadiyya que ceux qui sont prêts à respecter votre système. Si une personne rejoint votre système après avoir pris cet engagement, puis enfreint les règles, vous avez le droit de la sanctionner. Si quelqu’un ment, vous devez le sanctionner, et vous devez protéger la vérité tout comme une poule protège ses petits. Une poule est un animal relativement faible, mais lorsqu’un chat ou un chien attaque ses petits, elle est capable de les défendre. De la même manière, protégez la vérité comme elle protège ses petits. Efforcez-vous de faire en sorte que chacun de vos membres soit honnête, et que votre nom devienne si renommé en matière d’honnêteté que le simple fait d’être membre de la Khuddamul Ahmadiyya soit en lui-même une garantie de la véracité de ce que vous dites.
Ainsi, lorsque les gens entendront quelque chose de la part d’un tel membre, ils diront que cela ne peut être faux, car il appartient au Khuddamul Ahmadiyya. Lorsque vous atteindrez ce niveau, l’effet de votre Tabligh sera si puissant qu’il n’aura aucune limite, et vous pourrez éliminer des milliers de défauts de la nation.
Choisissez l’honnêteté et la vérité, en particulier, parmi les bonnes mœurs. Il existe de nombreuses autres vertus, mais j’ai choisi celles-ci en particulier. Gardez-les toujours à l’esprit et développez en vous autant de bonnes mœurs que possible. Par exemple, l’une des plus hautes vertus est de ne pas commettre d’injustice, mais puisque les principes fondamentaux du Khuddamul Ahmadiyya incluent le service à l’humanité, je ne l’ai pas mentionné séparément. Celui dont le devoir est de servir les autres ne peut opprimer personne. Je l’ai donc laissé de côté, car cela fait partie de votre nom et de vos fondements.
Cependant, vous devriez cultiver en vous autant de bonnes mœurs que possible. Si une personne cherche, elle découvrira des dizaines de qualités morales. Mais, comme je l’ai dit, il y a deux qualités que vous devez absolument développer en priorité : l’intégrité et la vérité. Il existe une autre vertu importante, mais, si Dieu le veut, j’en parlerai une autre fois. Faites un effort particulier pour cultiver la vérité et l’honnêteté en vous. Si vous parvenez à cultiver ces deux qualités au sein de la Jama’at, vous rendrez un service si précieux que personne ne pourra en estimer la valeur.
Seul Allah l’Exalté, le Connaisseur de l’Inconnu et celui qui peut mesurer les profondeurs les plus cachées, peut déterminer la valeur de votre service et vous accorder la plus grande récompense en retour.
(Sermon du vendredi, 17 février 1939)