QUELQUES CONSEILS INESTIMABLES

(Discours prononcé le 11 novembre 1938)

Je conseille particulièrement aux jeunes de la Communauté, et en général à tous les membres, de comprendre la situation légale et le statut de leur pays et de leur nation. Les nations ne progressent pas en restant oisives dans le confort tout en émettant des objections inutiles. Les insensés formulent des critiques et ne reconnaissent pas les sacrifices des Mubaligheen (prédicateurs). À leurs yeux, c’est comme si ces derniers remboursaient une dette contractée par leurs ancêtres. Dans leur ignorance, ils ne comprennent pas que ces personnes accomplissent en réalité notre tâche.

L’exemple de telles personnes est semblable à celui d’une femme qui s’est rendue chez une autre pour moudre de la farine. Elle demanda une meule, et la maîtresse de maison lui en donna une. Après un moment, cette dernière pensa que la femme qui moulait la farine devait être fatiguée après avoir travaillé toute la nuit, et décida de l’aider. Elle lui dit : « Ma sœur, tu dois être fatiguée. Repose-toi, je vais moudre la farine à ta place. » La première femme quitta donc sa place et commença à marcher ici et là. Tout à coup, son regard tomba sur un morceau de tissu contenant du pain. L’ouvrant, elle dit à la maîtresse de maison : « Ma sœur, prends mon travail, et moi je prendrai le tien », puis elle se mit à manger le pain.

C’est l’état d’esprit que certains adoptent. Au lieu de remercier les Mubaligheen et de reconnaître leurs sacrifices, ils se mettent à les critiquer, comme si le Mubaligh était endetté envers leur père ou leur grand-père, et qu’il remboursait maintenant cette dette. S’il fait preuve de la moindre paresse, ils veulent le réprimander comme un coupable. Ces personnes, pleines de honte, ne voient pas que ces Mubaligheen remplissent l’obligation et la responsabilité qu’Allah l’Exalté a placées sur nous. Pendant qu’ils restent confortablement chez eux, ils critiquent sans comprendre l’importance du caractère national et se contentent de juger sur une base individuelle. De tels individus au sein de notre Communauté doivent se réformer et apprendre à reconnaître la véritable identité de celle-ci.

Dans ces discours[1], le retour de mes enfants a également été mentionné. Il est certain que le retour physique d’enfants est une cause de joie, et personne ne peut le nier. Il serait incorrect de ma part de dire que je ne suis pas heureux de leur retour. Il n’y a personne sur terre qui ne se réjouirait pas dans de telles circonstances. Même lorsqu’un ami revient, des sentiments de joie naissent naturellement.

Cependant, le but pour lequel Allah l’Exalté nous a placés dans cette position a créé une atmosphère parmi nous où la proximité physique seule ne peut suffire à réjouir nos cœurs. Certes, une telle occasion procure de la joie et une grande tranquillité, mais une barrière existe parfois, transformant cette proximité en distance. Nous ne pouvons donc pas atteindre le vrai bonheur tant que cette barrière n’est pas levée.

Dans ce discours, l’arrivée et le succès de Muzaffer Ahmad ont été mentionnés. À cette occasion, je souhaite attirer son attention sur ses propres paroles prononcées il y a quelque temps. Ces paroles étaient auparavant des promesses, mais il est maintenant temps de les mettre en pratique. Quand Muzaffer Ahmad a réussi l’examen de l’ICS et a exprimé qu’il n’aimait pas son travail, il a souhaité démissionner. Cependant, il doit se rappeler que ce n’est pas un enseignement de l’Islam de se retirer du monde par lâcheté.

Il est obligatoire pour nous en tant que Communauté de prouver au monde les vertus et les principes de notre foi, et cela ne peut être accompli si nous nous séparons du monde. Nous avons besoin de jeunes qui, par leur conduite exemplaire, démontrent les mérites de ces idéaux. Prendre un emploi n’est pas honteux. Cependant, si quelqu’un abandonne son occupation sans raison valable, son sacrifice ne peut pas être qualifié de grand. Mais si une personne, toujours sincère et juste, est contrainte de mentir ou d’agir injustement, et qu’elle abandonne son travail par attachement à la droiture, alors son sacrifice sera véritablement noble. En abandonnant son emploi pour préserver ses principes, elle accomplit un sacrifice significatif et digne d’honneur.

Une autre question à garder à l’esprit est que lorsqu’une personne obtient un emploi prestigieux, un certain sentiment d’arrogance peut naître en elle. Cependant, un Ahmadi ne devrait pas être ainsi. Dans notre Communauté, il existe des personnes faibles et des personnes pauvres. Lors d’une promotion, l’orgueil et la fierté peuvent s’emparer de certains, qui commencent alors à penser que rencontrer les pauvres est une source de honte. Ces personnes, en réalité, abandonnent même leur humanité. Ainsi, la première responsabilité qui leur incombe est celle de l’Ahmadiyyat.

La mission de l’Ahmadiyyat est d’établir la justice dans le monde entier. De plus, chaque Ahmadi est spirituellement lié à un autre. Par conséquent, il faut agir avec amour et bienveillance envers chaque Ahmadi. Lorsque vous rencontrez un Ahmadi, vous devriez être aussi heureux que lorsque vous rencontrez votre propre frère.

Cependant, puisque certaines personnes de nature basse, sans respect pour les bonnes mœurs, cherchent à obtenir des avantages illégitimes, je conseille que dans de telles situations, vous vous souveniez de vos responsabilités, agissiez avec justice et préserviez vos oreilles de telles intercessions.

Une autre chose à garder à l’esprit est que chaque nation progresse dans son propre environnement ; elle ne peut progresser dans celui des autres. Celui qui cherche à progresser dans un environnement étranger finit toujours par être humilié. Récemment, un grand homme parmi les musulmans est décédé, à savoir Kamal Atatürk. Il a rendu de grands services à son pays et à sa nation. Il n’y a personne qui ne regarde ses sacrifices avec grandeur et respect.

Cependant, une erreur dangereuse qu’il a commise est qu’il a instauré une influence occidentale sur sa nation. Il n’y a aucun doute qu’il a offert une liberté physique aux Turcs, mais en même temps, il les a soumis à une servitude mentale perpétuelle. Nous ne devrions pas suivre une telle voie.

Parmi les objectifs pour lesquels nous nous sommes levés, l’un d’eux est de piétiner la culture occidentale. La culture occidentale entraîne le monde vers la destruction. Nous ne devrions, en aucun cas, être influencés par elle.

[1] Le 11 novembre 1938, un rassemblement a été organisé dans la cour du Madrassa Ahmadiyya [à Qadian] pour accueillir le retour de Hazrat Maulvi Sher Ali Sahib, Hazrat Maulvi Abdur Raheem Dard Sahib, Hazrat Sahibzada Mirza Nasir Ahmad Sahib, Sahibzada Mirza Muzaffer Ahmad Sahib et Sahibzada Mirza Mubarak Ahmad Sahib de l’étranger.

Les événements comprenaient deux discours avant l’allocution de Hazrat Khalifatul-Masih II (ra), à laquelle Huzoor (ra) fait ici référence. [Éditeur]

(Discours prononcé le 11 novembre 1938)