Les six objectifs de la création de Khuddamul Ahmadiyya

(Discours prononcé le 27 décembre 1941)

Je souhaite aborder certains points concernant le Majlis Ansarullah et le Majlis Khuddamul Ahmadiyya. Les membres de ces organisations ont soit moins de quarante ans, soit plus de quarante ans — j’ai institué Majlis Khuddamul Ahmadiyya pour ceux qui ont moins de quarante ans, et Majlis Ansarullah pour ceux qui sont au-delà de cet âge. Quant aux femmes, l’organisation établie pour elles est Lajna Imaillah. Mon objectif à travers ces initiatives est de faire naître, dans toute nation qui entreprend de réformer les autres, une ardeur telle qu’elle suscite en autrui le désir sincère d’y être intégré. Là où ce désir d’intégration dans la Communauté devient un facteur de respect et d’honneur, il peut également devenir, parfois, un facteur de faiblesse menant à la ruine de cette même Communauté.

Même si la population de la Communauté devait atteindre dix ou vingt millions, la présence d’un million d’hypocrites l’empêcherait d’atteindre la force véritable que pourraient lui conférer seulement dix mille Ahmadis sincères. C’est pour cette raison que les actions entreprises par un petit groupe de Compagnons ne peuvent être égalées aujourd’hui, même par quatre cents millions de musulmans.

Une fois, le Saint Prophète ﷺ fit recenser les musulmans. Leur nombre s’élevait à sept cents. Les Compagnons رضي الله عنهم pensèrent que ce recensement était peut-être motivé par une crainte que les ennemis ne les détruisent. Ils dirent : « Ô Messager d’Allah, nous sommes désormais sept cents. Peut-on encore craindre que quelqu’un puisse nous anéantir ? » Quelle foi splendide ils possédaient ! Bien qu’ils ne fussent que sept cents, il leur était impensable qu’un ennemi puisse les faire disparaître.

Aujourd’hui, rien qu’en Inde, on compte soixante-dix millions de musulmans. Pourtant, où que l’on se tourne, on ne trouve que des cœurs creux, et chacun craint pour sa propre personne — alors que ces sept cents avaient un courage inébranlable. Désormais, les quatre cents millions de musulmans dans le monde vivent dans la peur. Et cela, c’est dû à un affaiblissement de la foi. Celui qui possède une foi véritable ne peut craindre personne. La force de la foi est immense.

Une fois, le Messie Promisas se trouvait à Gurdaspur — j’étais moi-même présent dans la ville, bien que n’assistant pas à l’événement en question. Un ami, qui y assistait, me rapporta que Khawaja Kamaluddin Sahib et quelques autres Ahmadis arrivèrent en grande agitation pour annoncer qu’un magistrat, en charge d’une affaire, était parti à Lahore. Là, des membres de l’Arya Samaj l’avaient fortement pressé de condamner le Messie Promisas, affirmant qu’il était un adversaire acharné de leur religion, et que même une condamnation symbolique d’un jour serait un service rendu à la nation. Le magistrat leur promit de le faire.

Lorsque le Messie Promisas en fut informé, il était allongé. En entendant cela, il se redressa sur son coude, changea de côté et dit avec sérénité : « Que dites-vous, Khawaja Sahib ? Est-ce que quelqu’un peut s’en prendre au lion de Dieu ? » Et en effet, Allah Tout-Puissant châtia ce magistrat : il fut d’abord transféré de Gurdaspur, puis rétrogradé — il perdit ainsi sa fonction de Commissaire adjoint supplémentaire, et un autre magistrat présida l’affaire. Voilà donc la force de la foi, qu’aucune puissance ne peut vaincre.

Ainsi, l’arrivée de nouvelles personnes dans la Communauté ne sera bénéfique que si elles possèdent une foi sincère et de bonnes mœurs. Le simple fait d’augmenter en nombre n’est pas une source de fierté. Si quelqu’un possède dix litres de lait, et qu’il y ajoute dix litres d’eau, il ne devrait pas se satisfaire de penser qu’il a désormais vingt litres de lait : seule une augmentation réelle du lait est utile.

Les nations qui redoublent d’efforts dans le domaine du Tabligh (prédication), voient généralement une faiblesse croître dans le domaine de la Tarbiyyat (formation morale et spirituelle). J’ai établi ces organisations précisément pour répondre à ce besoin de Tarbiyyat. Le Majlis Khuddamul Ahmadiyya concerne ceux âgés de moins de quarante ans, le Majlis Ansarullah concerne ceux qui ont dépassé quarante ans, et pour les femmes, c’est Lajna Imaillah.

Ces organisations ont pour responsabilité première la Tarbiyyat — c’est-à-dire la formation morale et spirituelle. N’oubliez jamais que le fondement même de l’Islam repose sur la droiture. Le Messie Promis (as) écrivait un jour quelques vers de poésie. Il écrivit ce vers :

                                          ہر اک نیکی کی جڑ یہ اتقا ہے
« La racine de toute vertu, c’est la droiture. »

À ce moment même, la seconde partie du verset lui fut révélée :

                                     اگر یہ جڑ رہی سب کچھ رہا ہے
« Si cette racine demeure, alors tout demeure. »
(Majmua’ Ameen, Ruhani Khazain, vol. 17, p. 496)

Dans cette révélation, Allah le Tout-Puissant affirma que si la Communauté s’établit sur la droiture, Il sauvegardera tout par Lui-même. Elle ne sera ni humiliée par ses adversaires, ni frappée par des calamités célestes ou terrestres. Lorsqu’une nation s’ancre véritablement dans la droiture, aucune puissance au monde ne peut l’éteindre.

Dès le commencement du Saint Coran, Allah le Tout-Puissant déclare :

                               الم۔ ذَٰلِكَ الْكِتَابُ لَا رَيْبَ ۛ فِيهِ ۛ هُدًى لِّلْمُتَّقِينَ
« Alif, Lam, Mim. Voici le Livre parfait, il n’y a aucun doute en lui. C’est un guide pour les pieux. »
(Sourate Al-Baqarah, 2:2–3)

L’expression « il n’y a aucun doute en lui » est une caractéristique propre au Saint Coran, et la phrase suivante — « une guidance pour les pieux » — indique que cette guidance est conditionnée par la droiture. L’exemple en est comme celui qui se nourrit de pain et en tire la force nécessaire pour se tenir debout, contrairement à celui qui ne peut se tenir debout qu’avec l’aide de deux personnes. Celui qui n’est pas pieux dépend d’autrui pour se maintenir debout, tandis que le pieux puise sa force directement dans le Saint Coran.

Nous ne pouvons atteindre le succès qu’à travers le Saint Coran. Mais ce dernier n’est une source de force et de pouvoir que pour les pieux. Celui qui souffre d’un trouble digestif, même si on lui donne du beurre, du lait, du poulet, des amandes ou d’autres aliments raffinés, n’en tirera aucun bénéfice ; au contraire, cela pourrait aggraver son état. De même, la nourriture spirituelle du Saint Coran ne peut être bénéfique que si elle est correctement « digérée ». Et cette digestion spirituelle n’est possible que par la droiture.

Le Messie Promis (as) reçut cette révélation :

                        كل بركة من محمد ﷺ فتبارك من علّم وتبارك من علم و تعلّم
« Toute bénédiction provient de Muhammad (sa). Béni est celui qui a enseigné et béni est celui qui a appris. »

Ici, le mot « Muhammad (sa) » fait référence au Saint Coran, car c’est lui qui fut le porteur de cette parole divine. Ainsi, il est absolument essentiel que la Communauté s’établisse sur la droiture.

Si les croyants veulent atteindre le succès dans cette époque, ils ne peuvent y parvenir que par l’obéissance au Saint Coran. Mais si cette nourriture ne peut être digérée, à quoi bon ? Si vous souhaitez en bénéficier, alors devenez pieux. La première étape de la piété, c’est la réforme des croyances.

La première condition nécessaire à la droiture est la correction de la foi. Le Saint Coran décrit l’attribut du croyant en ces termes :

« Ceux qui croient à l’invisible. » (Sourate Al-Baqarah, 2:4)

Une question qui se pose naturellement dans l’esprit de chacun est : comment devenir pieux ? Le premier signe en est la foi dans l’invisible — c’est-à-dire la croyance en Allah le Tout-Puissant, en Ses anges, au Jour du Jugement, et à la Prophétie — toutes choses qui échappent à la vue humaine. C’est pourquoi le Saint Coran en apporte des preuves, car ce sont des vérités fondamentales auxquelles l’homme est contraint, tôt ou tard, de croire.

Mais nombreux sont ceux qui ne réfléchissent pas à ces questions. De nos jours, la foi dans l’invisible fait l’objet de moqueries. Certains se moquent de ceux qui croient en Allah le Tout-Puissant et disent : « Comment peux-tu, malgré ton niveau d’éducation, croire encore en Dieu ? » D’autres tournent en dérision le concept du Jour du Jugement, ou encore l’idée que nos actions seront évaluées après notre mort. La croyance que les anges transmettent le message de Dieu et de Sa religion est également raillée. Pourtant, toutes ces choses appartiennent à un système cohérent, et quiconque rejette ne serait-ce qu’un de ses éléments ne pourra tirer aucun bénéfice de sa foi.

Croire en une bonne issue est aussi une forme de foi en l’invisible — c’est là la véritable confiance en Dieu. Par exemple, si un homme donne dix kilos de farine à un pauvre en espérant que Dieu le lui récompensera, il agit par foi en l’invisible. Il ne cherche pas un résultat immédiat, mais accomplit cet acte uniquement à cause de sa foi.

En réalité, même une personne qui ne croit pas en Dieu mais aide autrui, agit aussi par foi en l’invisible, d’une certaine manière. Elle se dit : « C’est mon devoir national d’aider les pauvres. Et si un jour moi ou ma famille venions à être dans le besoin, les gens nous viendraient également en aide. » Ainsi, tout succès repose sur l’invisible, car les récompenses des grandes actions ne sont pas immédiates. Et de telles actions, dont la récompense est différée, ne peuvent être accomplies que par ceux qui possèdent du courage.

L’esprit de sacrifice ne peut naître que par la foi en l’invisible. C’est ainsi que, dès le début, le Saint Coran insuffle une qualité immense dans le cœur de ses croyants. Les Compagnonsra qui prirent part à la bataille de Badr et à celle de Uhud, combattirent-ils pour un résultat tangible qu’ils avaient devant les yeux ? Non ! Ce qui habitait leur cœur, c’était une foi vive en l’invisible.

Lors de la bataille de Badr, certains chefs mecquois tentèrent de négocier la paix. Mais ceux qui avaient souffert aux mains des Mecquois poussèrent un cri de révolte : « Il ne saurait être question de paix ! » Quelqu’un suggéra alors d’envoyer un homme pour estimer le nombre de musulmans. L’homme partit, observa, puis revint avec ce message : « Ô mon peuple ! Mon conseil est de ne pas vous battre contre eux. » On lui demanda : « Dis-nous combien ils sont, et ce qu’ils ont avec eux. » Il répondit : « Selon mon estimation, ils sont entre trois cent dix et trois cent trente, et ils ne possèdent aucun équipement particulier. » À cela, ses compagnons dirent : « Alors pourquoi nous déconseilles-tu de les affronter, alors qu’ils sont bien moins nombreux et sans provisions ? » Il répondit : « La réalité est que je n’ai pas vu des hommes à cheval ou montés sur des chameaux. J’ai vu des morts. Chaque visage que j’ai croisé était celui d’un homme prêt à mourir et à vous faire mourir. »

La preuve de cela, c’est qu’Abu Jahl se tenait droit au milieu du champ de bataille, entouré de jeunes guerriers comme Ikrimah et Khalid bin Walid. Hazrat Abdur Rahman bin Aufra raconte : « Lorsque j’ai regardé de part et d’autre, deux enfants de quinze ans se tenaient à mes côtés. Je me suis dit : comment puis-je remporter la victoire aujourd’hui alors que je suis entouré de jeunes garçons ? J’étais encore dans cette pensée qu’un des deux garçons m’a discrètement donné un coup de coude et m’a demandé : “Mon oncle, montre-moi qui est Abu Jahl, celui qui fait tant de mal au Saint Prophètesa. J’ai promis à Dieu de le tuer aujourd’hui.” À peine avait-il dit cela que l’autre garçon me donna lui aussi un coup de coude en me posant la même question. J’étais stupéfait, mais je leur ai discrètement montré Abu Jahl du doigt. À peine avais-je baissé la main que les deux garçons se sont précipités vers lui, comme un aigle qui fond sur sa proie, et ils se sont jetés sur Abu Jahl, l’épée à la main — si rapidement que ses gardes n’avaient même pas encore dégainé leurs armes. Ils réussirent à le faire tomber au sol. »

Le bras de l’un d’eux fut tranché durant l’attaque, mais avant même que la bataille ne commence réellement, Abu Jahl était déjà grièvement blessé. Qu’est-ce qui donna un tel courage à ces jeunes garçons ? C’est leur foi en l’invisible — foi qui les rendait toujours prêts à se jeter dans le feu du sacrifice. C’est cette même foi qui leur avait insufflé la certitude que seul l’Islam pouvait sauver le monde, et qu’ils n’auraient de repos que lorsqu’ils auraient fait triompher l’Islam sur toute la surface de la Terre.

La mission de Majlis Ansarullah, de Majlis Khuddamul Ahmadiyya et de Lajna Imaillah est de s’efforcer de faire naître la droiture au sein de la Communauté. Et pour cela, la première condition essentielle est la croyance en l’invisible. Il leur revient de développer la foi en Allah Tout-Puissant, en Ses anges, au Jour du Jugement, aux prophètes, ainsi qu’aux immenses résultats qui apparaîtront dans l’avenir.

L’hypocrisie et la lâcheté prennent racine dans le cœur d’un homme lorsqu’il commence à penser que, si tout ce qu’il possède venait à disparaître, il ne lui resterait plus rien. C’est cette peur de tout perdre qui le rend incapable de sacrifice. Le terme « يُؤمِنُونَ بِالْغَيْبِ » (ils croient en l’invisible) implique également l’idée de procurer la paix. C’est-à-dire que lorsqu’un membre de la nation quitte son foyer pour la cause de la foi, il doit être pleinement rassuré que sa famille, en son absence, sera protégée et en sécurité grâce à l’intégrité de ses frères.

Aucune nation ne peut s’engager dans un véritable effort (Jihad) tant qu’elle ne possède pas cette certitude : que ceux qui restent en arrière sont honnêtes et loyaux. Il revient donc à ces trois organisations de créer un tel sentiment de confiance et de sécurité dans la Communauté. Elles doivent s’efforcer de faire pénétrer dans le cœur de chaque Ahmadi la croyance en l’invisible, comme un clou que l’on enfonce profondément, jusqu’à ce que chaque pensée, chaque parole et chaque acte soit en accord avec cette foi. Mais un tel degré de croyance n’est pas atteignable sans la guidance du Saint Coran.

Ceux qui sont influencés par les mensonges et les tromperies des philosophes, et qui négligent l’acquisition de la véritable connaissance du Saint Coran, ne peuvent atteindre aucun but. C’est pourquoi Majlis Ansarullah, Majlis Khuddamul Ahmadiyya et Lajna Imaillah ont reçu cette mission. Leur politique doit être de graver ces vérités dans le cœur de la nation et de continuer, par tous les moyens, à œuvrer en ce sens. Par des conférences, des cours réguliers, et en instaurant des examens fréquents, ils doivent implanter ces valeurs dans les cœurs. Les ouvrages du Messie Promisas doivent être lus et relus de façon continue, jusqu’à ce que la foi en l’invisible devienne une réalité ancrée dans le cœur de chaque homme, femme et enfant.

La deuxième condition essentielle est l’accomplissement de la prière avec toutes ses conditions. Le Saint Coran n’a jamais dit « يُصَلّونَ الصلوٰة » ou « يُؤدّونَ الصلوٰة », mais il emploie toujours l’expression « يُقيمونَ الصلوٰة », c’est-à-dire « ils établissent la prière ». Le mot iqāmat (établir) implique non seulement l’accomplissement de la prière en congrégation, mais également le fait de la faire avec la plus grande sincérité. Ainsi, il ne suffit pas d’accomplir la prière ; il faut l’établir de manière collective et l’offrir avec une telle attention qu’il n’y ait aucun manquement.

L’Islam ne nous demande pas simplement de prier, mais d’établir la prière. Il est donc du devoir de chaque Ahmadi de ne pas se satisfaire d’avoir accompli sa prière, mais bien de l’avoir établie. Et même l’établissement de sa propre prière ne suffit pas ; il faut également œuvrer pour que les autres, notamment les membres de sa famille, l’établissent aussi. Certains prient régulièrement mais ne se soucient pas de savoir si leur femme, leurs enfants, leur frère ou leur sœur prient aussi. Or, s’il y a une réelle sincérité dans le cœur, il est impensable de rester indifférent face à des proches qui négligent la prière.

Il y avait un membre sincère de notre communauté, aujourd’hui décédé, dont le fils m’écrivit pour me dire que son père refusait de lui prendre un abonnement au journal Al-Fazl. J’écrivis au père pour lui en demander la raison, et il me répondit qu’il voulait laisser son fils libre dans les questions religieuses, afin qu’il puisse réfléchir par lui-même. Je lui répondis que s’il pensait qu’en lisant Al-Fazl, son fils perdrait sa liberté de pensée, avait-il également garanti que ses professeurs n’auraient aucune influence sur lui ? Que les livres qu’il lisait ou ses amis n’auraient aucun effet sur lui ? Si tout cela l’influence, alors pourquoi lui permettre d’absorber le poison, tout en lui interdisant l’antidote ?

C’est pourquoi j’affirme que l’établissement de la prière est d’une importance capitale. Il faut prier soi-même, inciter les autres à prier, prier avec ferveur et sincérité, en état d’ablution, de manière correcte, et surtout, en congrégation. Nos frères doivent prêter une grande attention à cela. J’ai appris avec regret que certains prient eux-mêmes, mais que leurs enfants ne prient pas. Or, il est extrêmement important de discipliner ses enfants à la prière, et s’ils ne prient pas, ils doivent être punis. Cela ne signifie pas qu’il faille couper leur allocation, mais on peut leur dire qu’ils continueront à recevoir de l’argent, mais qu’ils ne doivent plus se présenter devant leurs parents tant qu’ils n’auront pas instauré une régularité dans la prière. Si un enfant déclare qu’il n’est plus musulman, alors on ne peut pas lui imposer cela, mais tant qu’il est Ahmadi et musulman, il faut lui faire comprendre, même avec fermeté, qu’il ne peut plus rester dans la maison tant qu’il ne sera pas régulier dans ses prières.

La troisième condition essentielle est : وَمِمَّا رَزَقْنَاهُمْ يُنفِقُونَ – « et ils dépensent de ce que Nous leur avons accordé. » (Le Saint Coran, Sourate Al-Baqarah, 2:4).

Le premier don de Dieu, ce sont nos émotions. Lorsqu’un enfant commence à reconnaître son environnement, il commence à ressentir des émotions d’amour et de colère. Il est parfois joyeux, parfois triste. Même avant la naissance, Allah le Tout-Puissant lui a accordé des yeux, un nez, des oreilles, des mains et des pieds. Puis, en atteignant la maturité, il acquiert de la connaissance et de la force. De toutes ces facultés, il y a l’obligation d’en consacrer une petite part dans la voie d’Allah le Tout-Puissant. Ce commandement est si complexe qu’on pourrait en parler pendant des heures, et écrire un livre de plusieurs milliers de pages, pourtant combien de personnes en comprennent réellement l’importance ?

Beaucoup donnent un peu de charité et pensent avoir accompli ce devoir. Cependant, c’est une question très complexe. Le commandement du Jihad en est aussi une branche. Certains riches donnent une aumône, dépensent un peu d’argent et pensent avoir satisfait à cette injonction, alors qu’ils n’ont utilisé qu’une des nombreuses facultés qu’Allah le Tout-Puissant leur a données. Pourtant, Allah le Tout-Puissant ordonne de dépenser un peu de tout ce qu’Il nous a accordé. J’avais une tante paternelle. C’était son habitude, malgré ses quatre-vingt ou quatre-vingt-cinq ans, de cueillir elle-même le coton toute l’année, de le filer, puis de le faire tisser par les tisserands, d’en faire des édredons et des couvertures, et de les distribuer aux pauvres. Elle faisait la plupart de ces choses de ses propres mains. Quand on lui conseillait de déléguer cela à d’autres, elle répondait que cela ne serait pas aussi agréable.

En résumé, il s’agit de dépenser dans la voie d’Allah le Tout-Puissant à partir de tout ce qu’Il a donné. Mais combien sont ceux qui le font réellement ? Certains donnent un peu d’argent à un pauvre et pensent avoir accompli ce commandement, mais ce n’est pas le cas. Celui qui donne un peu d’argent mais ne participe pas à la réforme d’autrui ne peut dire qu’il a accompli ce devoir. Celui qui le fait sans dépenser de sa propre force, sans aider les veuves et les orphelins, ne peut pas non plus dire qu’il a accompli cette injonction.

Ainsi, l’ordre est d’utiliser toutes ses facultés dans la voie d’Allah le Tout-Puissant. Il est aussi nécessaire de consacrer ses émotions pour Allah le Tout-Puissant. Par exemple, si quelqu’un est mis en colère mais qu’il pardonne, cela en fait partie. Cela inclut également de travailler de ses propres mains et de travailler dur. Je conseille particulièrement à Majlis Khuddamul Ahmadiyya d’inculquer l’esprit de Khidmat-e-Khalq parmi les jeunes. Ils devraient aider lors des mariages et d’autres cérémonies, indépendamment de la religion des personnes concernées.

Voici la traduction fidèle du passage, dans un registre soutenu et clair, adapté à un lectorat francophone :

Après cela, Allah le Tout-Puissant déclare : « وَ الَّذِیْنَ یُؤْمِنُوْنَ بِمَا أُنْزِلَ إِلَیْکَ«  « Et ceux qui croient en ce qui t’a été révélé. » [Le Saint Coran, Sourate Al-Baqarah, 2:5]

Il s’agit là de l’injonction de croire au Saint Coran. Mais il ne suffit pas d’y croire ; il est tout aussi important de mettre en pratique chacun des commandements qui s’y trouvent. À ce propos, j’ai conseillé à la Jama’at de mettre en œuvre le commandement du Saint Coran selon lequel les femmes doivent recevoir leur part légitime [dans l’héritage], et que cette injonction soit correctement appliquée. Il y a quelques années, lors d’un Jalsa, j’avais demandé à la Jama’at de se lever et de prendre cet engagement, et la majorité l’a fait.

Cependant, il m’arrive encore de recevoir des plaintes selon lesquelles non seulement certains Ahmadis ne donnent pas leur droit aux femmes, mais ils s’opposent également à ceux qui, eux, le font. Lorsque les musulmans ont commencé à se comporter ainsi envers les femmes, Allah le Tout-Puissant les a transformés eux-mêmes en « femmes » : Il les a soumis à d’autres et a donné l’autorité à des étrangers sur eux. Ils ont privé les femmes de leurs droits, alors Allah le Tout-Puissant leur a retiré leurs royaumes et les a transférés aux Anglais. Ils ont placé les femmes en-dessous d’eux, alors Allah les a placés, à leur tour, en-dessous d’autrui.

Cependant, si aujourd’hui vous commencez à rendre justice aux femmes, à honorer leurs droits, à soutenir les opprimés, alors les anges d’Allah descendront du ciel pour vous élever. C’est pourquoi vous devez faire preuve de droiture et rendre aux femmes ce qui leur revient, leur part légitime, sans que cela ne soit réduit à une simple belle parole ou une histoire.

Il y a une histoire que j’ai déjà racontée à plusieurs reprises : un homme ahmadi avait deux épouses. Un ami de Qadian lui rendit visite et fut stupéfait d’apprendre qu’il battait ses femmes. Il le réprimanda et lui rappela que ce comportement était contraire aux enseignements de l’islam. L’homme répondit : « J’ai pour principe que lorsqu’une fait une erreur, je la frappe pour sa faute. Et je frappe l’autre de peur qu’elle ne se moque de la première. »

Son ami insista longuement pour le raisonner, lui rappelant que le Messie Promis (as) condamnait fermement de telles pratiques. L’homme répondit : « D’accord. J’ai commis une grave erreur. Que dois-je faire maintenant ? Dois-je demander pardon ? » Il lui fut dit : « Oui, tu dois demander pardon. »

L’homme rentra chez lui, fit venir ses deux épouses et leur dit : « J’ai réalisé que frapper mes femmes est un péché, et cela déplaît au Messie Promis (as). Pardonnez-moi. » Les deux épouses se réjouirent, pensant qu’enfin leurs droits allaient leur être accordés.

Devenues un peu plus audacieuses, elles demandèrent : « Pourquoi nous frappes-tu donc ? »
Il répondit : « J’ai commis une erreur, veuillez me pardonner. »
Elles répliquèrent : « Nous ne te pardonnerons pas. »
À cela, il dit : « Allez-vous me pardonner tout de suite ou dois-je vous écorcher toutes les deux ? »
Elles comprirent aussitôt qu’elles l’avaient mis en colère et dirent : « Mais non, voyons ! Nous plaisantions simplement. Tes coups sont pour nous comme des fleurs. »

En Inde, les femmes sont considérées comme inférieures même aux animaux. Les chiens ne sont pas battus de cette façon, les taureaux et les bêtes ne sont pas traités avec autant de brutalité que celle que subissent certaines femmes, et la conséquence en est qu’Allah le Tout-Puissant a donné aux hommes la position des femmes. Lorsqu’on ne respecte pas les femmes, une sorte de souillure naît dans le cœur des enfants. Même si le père est un sayyid (descendant du Prophète), s’il ne respecte pas la mère, l’enfant ne se considère pas comme le fils d’un être humain, mais comme le fils d’un animal. De cette manière, il devient également peureux et lâche. Ainsi, adoptez une attitude de respect envers les femmes, car le résultat sera que même si vos enfants sont des chacals, ils deviendront des lions.

Ensuite vient le commandement suivant :
                                     « وَ الَّذِیْنَ یُؤْمِنُوْنَ بِمَا أُنْزِلَ إِلَیْکَ وَ مَا أُنْزِلَ مِنْ قَبْلِکَ« 
« Et ceux qui croient en ce qui t’a été révélé et en ce qui a été révélé avant toi. »
[Le Saint Coran, Sourate Al-Baqarah, 2:5]

Cela signifie que les anciens précurseurs d’autres peuples doivent également être respectés — le commandement de la paix en fait partie. Cela comprend également l’injonction d’adopter un caractère doux et la véracité dans la prédication.

Enfin, il y a la croyance en l’au-delà. Celle-ci comprend deux significations. La première est la croyance en la vie après la mort. Parfois, une personne doit faire des sacrifices, mais son esprit ne se tourne pas vers la foi en l’invisible. La seule manière dont elle trouve le courage de faire ces sacrifices, c’est en pensant qu’elle sera récompensée dans l’au-delà.

La seconde signification est que l’on croit qu’Allah le Tout-Puissant peut accorder la révélation aujourd’hui tout comme Il l’a fait dans le passé. Sans cette foi, un véritable amour pour Dieu ne peut naître. Seul celui qui croit qu’Allah le récompensera pour son amour peut réellement aimer Dieu. Celui dont le cœur ne contient pas cette foi ne peut prétendre à un amour sincère envers Allah le Tout-Puissant.

Ainsi, Ansarullah, Khuddamul Ahmadiyya et Lajna Imaillah ont la responsabilité de ces six points. Ils doivent œuvrer autant que possible pour faire naître ces qualités au sein de la Communauté, afin que la foi ne demeure pas une simple obligation formelle, mais devienne une foi authentique qui rapproche chaque membre d’Allah le Tout-Puissant — et ainsi soit accompli l’objectif même pour lequel j’ai fondé cette organisation.

(Discours prononcé le 27 décembre 1941)