Les musulmans l’ont dit en premier : « Canapé »

Il existe des dizaines de mots « anglais » ordinaires qui proviennent à l’origine de langues historiquement associées à l’islam, telles que l’arabe, le persan et l’ourdou.

Les musulmans n’ont jamais été étrangers à l’Occident ; nous sommes aussi indissociables de sa culture, de son histoire et de son patrimoine que nos mots le sont de ses langues. Et notre contribution à son développement se retrouve dans n’importe quel dictionnaire.

Mansoor Dahri, Royaume-Uni

Quand vous pensez au confort, à quoi pensez-vous généralement ? Peut-être pensez-vous à une tasse de thé bien chaude accompagnée de biscuits ? Ou à une tasse de chocolat chaud et quelques guimauves ? À un pull tricoté à la main et à une couverture douce et moelleuse ? Ou peut-être à un radiateur ou à un radiateur électrique bien douillet ? (Soyons réalistes : qui a une cheminée de nos jours ?)

Peut-être pensez-vous à un canapé.

Ou un canapé.

Quelle est la différence entre eux, au fait ?

Eh bien, ces jours-ci, pas grand-chose…

En gros, les termes « canapé » et « divan » sont utilisés de manière interchangeable. La différence subtile est que « canapé » a historiquement été utilisé davantage dans le sens de quelque chose sur lequel on s’allonge, tandis que « sofa » a historiquement davantage fait référence à quelque chose sur lequel on s’assoit. Mais, de nos jours, vous pouvez pratiquement dormir sur l’un ou l’autre (du moins, c’est ce que j’ai fait).

Je commencerai par le mot « canapé » ; il vient du verbe français ancien « couchier » qui signifie « s’allonger » ; « couchier » est l’ancêtre du verbe français moderne « coucher » (qui a le même sens), et est lui-même issu du verbe latin « collocare » (qui signifie « poser » ou « placer avec » ; le « locare » est à l’origine du mot « localiser »en anglais moderne). Le mot « canapé » a de fortes connotations sédentaires et stationnaires, c’est pourquoi, en anglais moderne, nous utilisons fréquemment l’expression « patate de canapé » pour désigner une personne incroyablement paresseuse (elle passe tout son temps allongée sur un canapé). Il ne fait pas référence à une pomme de terre que vous avez trouvée à l’intérieur d’un canapé (en anglais, nous appelons cela « poison »).

Dans la culture occidentale moderne, les divans sont également devenus des symboles du traitement psychiatrique ; Sigmund Freud, le fondateur de la psychanalyse moderne, demandait à ses patients de s’allonger sur un divan dans son bureau afin qu’ils puissent lui parler confortablement de leurs problèmes (Freud lui-même était assis droit ailleurs). Cette tradition s’est ensuite transmise de Freud à tous les autres professionnels du domaine, à tel point que si l’on parle de « psychanalyse » ou de « psychiatrie », la première image qui vient à l’esprit de la plupart des gens est un divan.

Donc, en résumé, les canapés sont confortables pour s’allonger (s’asseoir est également très bien), mais ils sont également associés à une mauvaise santé physique (« patate de canapé ») ou à une détresse psychologique (le canapé de Freud).

Et qu’en est-il des canapés ? Quelles connotations et quels symboles cachés recèlent-ils ?

Le mot « sofa » est apparu pour la première fois en anglais au XVIIe siècle, à partir du mot turc ottoman « sofa » (« صفه »). À l’époque, « sofa » désignait une « partie surélevée du sol » recouverte de « tapis et de coussins » comme on en trouve généralement dans les intérieurs islamiques. Ses premières associations en anglais étaient donc avec l’esthétique du design islamique/oriental. Il était considéré comme quelque chose d’exotique.

Les représentations islamiques du paradis font souvent allusion aux tapis et aux coussins. Par exemple, les habitants du paradis sont décrits par Allah dans le Saint Coran comme :

مُتَّکِـِٕیۡنَ عَلٰی رَفۡرَفٍ خُضۡرٍ وَّعَبۡقَرِیٍّ حِسَانٍ

« Allongés sur des coussins verts et de beaux tapis. » (55:77)

L’un des objectifs principaux de l’art, de l’architecture et du design islamiques est depuis longtemps de rappeler aux croyants les délices du paradis et de leur inculquer ainsi des sentiments de piété, de tranquillité et d’espoir. Nous le voyons non seulement dans les intérieurs islamiques qui font allusion aux tapis et aux coussins, mais aussi à l’extérieur ; la beauté des jardins islamiques avec leur eau courante et leur ombre généreuse rappelle également aux musulmans les jardins du paradis. Vous pouvez voir des exemples marquants de ces jardins dans le Taj Mahal et le palais de l’Alhambra .

Mais revenons un instant à nos canapés. Au fil du temps, le terme « canapé » a progressivement perdu ses connotations exotiques et sa signification a également légèrement changé ; à l’origine, il désignait la partie confortable d’une pièce où les gens aiment s’asseoir (tapis et coussins) et ensuite, en anglais, il a spécifiquement pris le sens d’un « long siège rembourré ». C’est toujours la partie confortable d’une pièce où les gens aiment s’asseoir, mais c’est désormais un grand fauteuil moelleux qui peut être déplacé facilement (en fonction du poids du canapé et de la forme physique de la ou des personnes concernées).

Les Ottomans les ont peut-être introduits en Angleterre, mais eux-mêmes ont été initiés aux canapés venus d’ailleurs. En turc ottoman, le mot « canapé » (« صفه ») vient à l’origine du mot arabe « ṣuffah » (« صُفَّة ») qui a la même signification qu’une partie surélevée du sol ou une plate-forme légèrement surélevée.

Les lecteurs musulmans et non musulmans qui ont étudié l’islam connaissent peut-être le mot « ṣuffah ». Si cela vous dit quelque chose, vous l’avez probablement entendu utilisé dans l’expression « Aṣhab al-Ṣuffah » (« أَصْحَاب الصُّفَّة »), c’est-à-dire « les gens de la plate-forme surélevée ».

Mais si, au lieu de faire sonner les cloches, vous n’entendez toujours que le chant des grillons, alors permettez-moi de développer :

Au début de l’islam, le Saint Prophète de l’islam Muhammad (sa) avait émigré de la ville de La Mecque (sa ville natale et où il avait vécu pendant de nombreuses décennies) à Médine (une ville beaucoup plus sûre pour les musulmans à l’époque) afin d’éviter les persécutions. À Médine, le Saint Prophète a construit une mosquée connue sous le nom de « Al-Masjid Al-Nabawī » (« ٱلْمَسْجِد ٱلنَّبَوِي »), c’est-à-dire « la mosquée du Prophète » .

Au fond de cette mosquée se trouvait une plate-forme surélevée (‘Suffah’) ombragée par un toit à ciel ouvert et rappelant une véranda. De nombreux compagnons du Saint Prophète (sa) ont volontairement choisi de résider à plein temps dans la Ṣuffah par dévotion à Allah et à Son Messager (sa) ; ils considéraient comme une grande bénédiction de vivre juste à côté de la mosquée et le Saint Prophète (sa) s’y trouvait souvent également, ils appréciaient grandement le plaisir de sa compagnie et pouvaient entendre toutes ses paroles bénies. Mais ce n’était pas facile sur le plan matériel. Ils devaient endurer de grandes difficultés pour les privilèges spirituels dont ils jouissaient. Comme ils résidaient à plein temps dans la Ṣuffah, ils ne travaillaient pas et enduraient donc une vie de pauvreté matérielle et de grande faim physique. Collectivement, ces nobles compagnons du Saint Prophète (sa) étaient appelés « Aṣhab al-Ṣuffah » (« أَصْحَاب الصُّفَّة ») c’est-à-dire « les gens de la plate-forme surélevée ».

Étant donné que c’est l’essor de l’Islam qui a provoqué le développement de l’arabe en tant que langue littéraire, l’utilisation du mot « Ṣuffah » dans l’expression « Aṣhab al-Ṣuffah » dans le contexte islamique est l’un des premiers exemples enregistrés que nous ayons du mot arabe qui deviendra plus tard « sofa » en anglais.

Aujourd’hui, nous associons le canapé au confort et aux plaisirs de ce monde. Pourtant, l’origine du mot « canapé » remonte à une époque où les âmes pieuses et les compagnons fidèles évitaient le confort et les plaisirs de ce monde afin d’obtenir le confort le plus vrai et le plus sûr qui soit : le confort spirituel et les plaisirs de la véritable dévotion à Allah et à Son Messager (sa).

À propos de l’auteur :  Mansoor Dahri est rédacteur en ligne pour The Review of Religions. Il est diplômé de l’UCL en langues anciennes

Traduit par: Faizan Zafar

Vérifié par: Soham Shahbaz

Majlis: Muqami

Muslims Said It First: “Sofa” | The Review of Religions