Les Ahmadis à la Jalsa Salana UK 2024 : la paix en Europe, le sang au Pakistan

Le rassemblement annuel de la Jama’at musulmane Ahmadiyya a été une fête de familles pacifiques et de foi sincère. Au Pakistan, cependant, la persécution continue. 

L’islam a un problème évident avec les femmes, et pour les musulmans ahmadis, ce problème est encore plus grave. Pourquoi ? Parce que les femmes ahmadis sont si bien éduquées et accomplies qu’elles éclipsent souvent les hommes. Ce retournement ironique renverse le stéréotype, contrecarrant le fanatisme affiché par certains religieux musulmans radicaux. Les femmes ahmadis sont en fait brillantes, hautement qualifiées, dévouées et déterminées – en un mot, exceptionnelles. Elles ont même leurs propres équipes indépendantes chargées de la sécurité, de la production audio-vidéo, des opérations de caméra, de l’administration et des discours publics. Cela a été démontré de manière éclatante le samedi 27 juillet, lorsque Sa Sainteté Mirza Masroor Ahmad (aba), le 5e calife de la Jama’at musulmane Ahmadiyya (AMJ, « jama’at » signifiant « communauté »), a récompensé plusieurs femmes et jeunes filles pour leurs contributions exceptionnelles dans divers domaines du savoir et de la profession.

Cet événement a été l’un des moments forts de la Jalsa Salana UK 2024, le rassemblement annuel de prière que les Ahmadis célèbrent dans tous les pays où ils ont établi une communauté. Celui qui se déroule en Angleterre, le pays où réside le calife après que son prédécesseur, Mirza Tahir Ahmad (rh) (1928-2003) a été contraint de fuir le Pakistan en 1984 sous la persécution religieuse parrainée par l’État, revêt une importance internationale. Il s’est tenu du 26 au 28 juillet à Hadiqat-ul-Mahdi, ou Oaklands Farm, une parcelle de 208 acres que possède l’AMJ sur le territoire de la ville d’Alton, dans le Surrey, à environ 45 miles au sud-ouest de Londres.

La communauté ahmadi ne s’inquiète pas du fait que les femmes soient plus instruites que les hommes, mais plutôt du fait que les hommes ne doivent pas être à la traîne. La communauté souligne ouvertement l’importance de l’éducation pour les deux sexes, soulignant que les hommes comme les femmes doivent s’efforcer d’atteindre l’excellence académique. En fait, le calife a expliqué la sagesse qui sous-tend les enseignements islamiques sur la ségrégation lors d’une interview lors de sa tournée en Allemagne en octobre 2019 : « Nous ne refusons pas le droit des femmes à l’éducation. Si une femme est instruite, elle est ingénieure, médecin, avocate, enseignante ou exerce toute autre profession. Elles sortent et accomplissent leurs devoirs et leur travail… Nous pensons que les femmes peuvent mieux s’épanouir sans l’ombre des hommes. Donc, si elles sont séparées, elles sont libres de grandir. Vous voyez, si vous plantez un petit arbre sous un grand arbre, il ne peut pas pousser. » Cette perspective souligne l’engagement de la communauté à autonomiser les femmes, à leur permettre de s’épanouir de manière indépendante et de réaliser leur plein potentiel.

Une armée pacifique de prière

Jalsa Salana UK a célébré cette année sa 58e édition . Selon les estimations, environ 42 000 personnes ont participé à l’événement de cette année. Un millier de personnes composaient le noyau de l’équipe de bénévoles qui s’occupait de tous les aspects de l’organisation, de la logistique aux transports, de la sécurité à l’hébergement, de l’alimentation des invités et des participants à la gestion et au nettoyage de toutes les installations. Mais ce nombre augmente jusqu’à environ 5 000 au plus fort des besoins, lorsque les tâches se multiplient et que le climat devient quelque peu frénétique. 

Tout tourne autour de la prière, et la prière est le sens de tout au Jalsa Salana. De plus, cette année, plusieurs discours du calife et d’autres orateurs ont mis l’accent sur le rôle de la famille. La famille est au cœur de l’islam et pour les ahmadis, elle est la source de tous les bienfaits sociaux. C’est la famille qui fait de bons croyants musulmans, leur enseignant la morale et la foi. Une fois de plus, les femmes jouent ici un rôle central.

En fait, les discours liaient étroitement la nécessité d’une famille solide à la nécessité d’une morale. Comme le calife l’a déclaré à plusieurs reprises, l’immoralité publique d’aujourd’hui est due au manque de familles solides. Beaucoup d’entre elles abdiquent leur rôle de transmetteurs de vertu et d’attitudes positives. Cela est sans doute dû au fait, comme l’ont fait remarquer le calife et d’autres orateurs, que la religion est en déclin dans la sphère personnelle et publique, en particulier en Occident. La vertu naturelle, a laissé entendre le calife, ne peut se suffire à elle-même sans une vie de foi solide.

Pour des oreilles non musulmanes comme celles du soussigné, ces concepts sonnent familiers. On les entend en effet prononcés et soulignés, voire prêchés, par tous les chefs religieux et spirituels du monde, de toutes confessions. Les mots du calife des Ahmadis à la Jalsa Salana UK 2024 auraient pu être prononcés par le pape François, chef de l’Église catholique, et ses prédécesseurs, et ils l’ont effectivement été. Ou bien ils auraient pu être prononcés, avec des différences mineures dans les détails et un style bouddhiste distinctif, par le Dalaï Lama. Le commentaire frise l’évidence, mais il n’est pas dénué d’importance.

A première vue, on pourrait conclure superficiellement que cela montre que les religions sont toutes fondamentalement les mêmes. Ce n’est pas le cas. Je n’ai jamais rencontré de croyants d’une religion quelconque affirmant que leur foi était égale à celle d’un autre groupe. Ils peuvent respecter les autres croyances mais rester bien conscients de leurs différences. La communauté de valeurs n’est pas non plus le résultat artificiel d’une table ronde interreligieuse. C’est juste le mystère de la foi elle-même, et le calife ahmadi en personne l’a abordé dans ses considérations impromptues lors de la réunion que la délégation italienne à Jalsa Salana a eue avec lui le dimanche 28 juillet.

Le calife s’efforce de recevoir le plus grand nombre possible de délégations lors des Jalsa, dans des rencontres brèves mais pas superficielles. Elles sont importantes car, à cette occasion, les paroles coulent librement et les émotions s’expriment. Parfois, les meilleurs moments surviennent lorsque l’étiquette nécessaire et respectueuse laisse la place à des moments plus cordiaux. Au groupe italien, composé en grande partie de non-musulmans, le calife a ressenti le besoin de dire que les religions ont un point commun fondamental : Dieu. Si les religions s’y tiennent et que les croyants l’ont clairement à l’esprit à chaque instant de leur vie, un pas de géant vers un monde plus humain peut être accompli. Ce ne sera pas un monde d’égalité factice imposée par une prétention idéologique. Ce sera un monde où Dieu règne au-delà des méfaits des êtres humains.

Encore du sang dans les rues

Au contraire, lorsque cette conscience n’est pas claire, des crimes sont commis, allant jusqu’à abusant du nom de Dieu lui-même. Les Ahmadis présents à la Jalsa Salana UK 2024 et leurs invités non musulmans n’ont en fait pas eu le temps de se réjouir de la déclaration importante de neuf experts de l’ONU qui, pour la première fois, ont condamné la persécution sanglante des Ahmadis au Pakistan, exhortant son gouvernement à faire tout ce qui est possible pour y mettre fin, selon laquelle un autre musulman ahmadi a été brutalement assassiné dans ce pays par des fanatiques qui prétendent avoir le droit de tuer ceux qu’ils jugent mauvais musulmans, non musulmans ou hérétiques.

Le Dr Zaka ur Rehman, dentiste ahmadi, a été abattu le 27 juillet à Lala Musa, une ville du district de Gujrat, dans la province du Pendjab au Pakistan, devant sa clinique. A Jalsa Salana, une exposition de photographies des archives officielles de l’AMJ a souligné tous les moments historiques de la communauté. De manière significative, les dernières photos se sont concentrées sur les noms des ahmadis tués pour leur foi, un martyrologe devenu quotidien pour ce peuple tourmenté.

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À propos de l’auteur : Marco Respinti est un journaliste professionnel italien, membre de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), auteur, traducteur et conférencier. Il a contribué et contribue à plusieurs revues et magazines, tant sur papier qu’en ligne, en Italie et à l’étranger.

Article traduit par Soham Shahbaz

Vérifié par Faizan Zafar
Majlis : Muqami

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