
L’avenir de la science dans les pays islamiques
Par le Dr. Abdus Salam
Ce texte est extrait d’un document préparé par le professeur Abdus Salam pour un ouvrage présenté lors du Sommet islamique tenu au Koweït en janvier 1987.
« Dans les conditions de la vie moderne, la règle est absolue ; la race qui ne valorise pas l’intelligence instruite est condamnée… Aujourd’hui, nous nous maintenons, demain la science aura progressé d’un pas de plus, et il n’y aura aucun recours contre le jugement qui sera prononcé… sur les non-éduqués. »
— Alfred North Whitehead
Avant toute chose, il est crucial de rappeler que l’Oumma musulmane représente un cinquième de l’humanité, soit une population supérieure à celle des États-Unis, de l’Europe occidentale et du Japon réunis, et dépassée uniquement par celle de la Chine. En termes de revenus, elle constitue un quinzième du PIB mondial — trois fois celui de la Chine.
En ce qui concerne les sciences, l’Oumma musulmane possède un passé glorieux. Pendant 350 ans, de 750 à 1100 de notre ère, elle domina incontestablement les sciences. De 1100 à 1350 environ, elle partagea cette suprématie avec l’Occident émergent. À partir du XVᵉ siècle — paradoxalement, une période coïncidant avec les grands empires islamiques (ottoman en Turquie, safavide en Iran, moghol en Inde) —, nous avons progressivement décliné. Aujourd’hui, parmi toutes les civilisations, la science est la plus fragile en terre d’Islam. Les dangers de cette faiblesse ne peuvent être sous-estimés, car la survie honorable d’une société dépend directement de sa puissance en science et en technologie à l’ère actuelle.
Pourquoi les musulmans dominaient-ils les sciences ? Trois raisons :
- Les injonctions du Coran et du Prophète: Comme l’explique le Dr. Muhammad Aijazul Khatib de l’Université de Damas, « contrairement aux 250 versets législatifs, environ 750 versets du Coran — près d’un huitième du texte — exhortent les croyants à étudier la Nature, à réfléchir, à user de leur raison et à intégrer l’entreprise scientifique dans la vie communautaire ». Le Prophète de l’Islam — paix soit sur Lui — a affirmé qu’« il est du devoir sacré de chaque musulman, homme et femme, d’acquérir le savoir ».
- Le soutien des dirigeants: Malgré l’opposition des traditionalistes, jusqu’au XVᵉ siècle, les scientifiques et leurs travaux bénéficièrent d’un soutien remarquable des principautés et de la société islamiques. Comme l’écrit H.A.R. Gibb : « Plus qu’ailleurs, l’épanouissement des sciences en Islam dépendait de la générosité et du mécénat des puissants. Tant que, dans une capitale ou une autre, les princes et ministres trouvèrent du plaisir, du profit ou de la renommée à patronner les sciences, la flamme resta vive. » Certains, comme Ulugh Beg à Samarcande, participèrent même activement à la quête scientifique.
- La cohésion de l’Oumma: Malgré leurs divergences politiques, les nations islamiques agissaient comme un Commonwealth uni dans le domaine des sciences.
L’importance de la science pour les nations musulmanes
Pourquoi plaider avec passion en faveur de l’engagement scientifique ? Non seulement parce qu’Allah nous a dotés d’une soif de connaissance, mais aussi parce que cette connaissance est synonyme de pouvoir, de progrès matériel et de défense efficace. En tant que membres respectés de la communauté internationale, nous devons assumer notre responsabilité et rembourser notre dette envers le savoir universel.
Je me souviens des mots d’un lauréat européen du prix Nobel de physique : « Salam, crois-tu vraiment que nous avons l’obligation de secourir, d’aider, de nourrir et de maintenir en vie des nations qui n’ont jamais contribué ne serait-ce qu’un iota au savoir humain ? » Même sans ces paroles, mon amour-propre souffre lorsque j’entre dans un hôpital et constate que chaque médicament vital, de la pénicilline aux traitements modernes, a été créé sans aucune contribution du monde musulman.
La science est cruciale pour comprendre les lois immuables d’Allah, pour assurer notre progrès et notre sécurité, et pour renforcer la coopération universelle. Comme Allah le promet :
« وَقُلِ اعْمَلُوا فَسَيَرَى اللَّهُ عَمَلَكُمْ وَرَسُولُهُ وَالْمُؤْمِنُونَ »
(« Agissez, et Allah, Son Messager et les croyants verront vos actions. » — Coran 9:105)
Concluons par cette prière :
Qu’aucun historien futur ne note qu’au quinzième siècle de l’Hégire, « le talent scientifique musulman existait, mais les hommes d’État manquèrent pour le guider et le cultiver »
Article traduit par: Faizan Sadiq
Verifié par: Faizan Zafar
Majlis: Muqami
https://www.alislam.org/articles/future-of-science-in-islamic-countries/