
En 2016, l’un des principaux enjeux de la campagne présidentielle américaine était l’immigration. Le candidat à la présidence Donald Trump avait promis la construction d’un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique pour empêcher les immigrants d’entrer. Plusieurs années plus tard, sous l’administration du président Joseph Biden, lors d’une visite officielle au Guatemala, la vice-présidente Kamala Harris a déclaré aux candidats à l’immigration clandestine : « Ne venez pas. Ne venez pas. Les États-Unis continueront à faire respecter nos lois et à sécuriser nos frontières. »
Mais l’immigration n’est pas seulement un sujet brûlant aux États-Unis. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé cette année qu’il avait contacté l’Italie pour consulter sa Première ministre d’extrême droite, Giorgia Meloni, sur la manière dont elle envisage d’envoyer des immigrants illégaux en Albanie pour traiter leurs demandes d’asile. Cette annonce fait suite à l’échec d’une initiative du précédent gouvernement conservateur visant à envoyer les demandeurs d’asile arrivant au Royaume-Uni au Rwanda. Et en septembre, l’Allemagne a annoncé davantage de contrôles aux frontières, à la consternation de ses voisins de l’UE.
Ces récents changements de politique soulignent que, depuis la crise de la COVID-19, l’immigration est en hausse. En 2023, les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et l’Australie ont accueilli deux à trois fois plus d’immigrants qu’en 2019.
Une grande partie du débat sur l’immigration porte sur l’économie. Comme le souligne Sa Sainteté Hazrat Mirza Masroor Ahmad (aba), chef mondial de la communauté musulmane Ahmadiyya :
« En fait, la crise financière mondiale est l’une des principales causes de cette discorde. En l’absence de récession ou de crise du crédit, personne ne s’inquiétait de l’afflux d’immigrants, musulmans,
non-musulmans ou africains. Mais la situation est aujourd’hui différente et c’est ce qui a provoqué tout cela. Cela a même affecté les relations mutuelles pays européens, et la colère et le ressentiment entre les peuples de certaines nations européennes et les peuples d’autres pays européens augmentent de jour en jour. Cet état de désespoir est visible partout. »
Mais les gouvernements doivent gérer l’immigration avec sagesse : « Si les gouvernements fournissent des avantages ou une aide financière aux immigrants, ils doivent veiller à ne pas négliger les besoins de la population locale. Dans certains pays, les immigrants ont reçu de meilleures prestations que les citoyens payant des impôts, ce qui a naturellement provoqué une agitation au sein de la population. » Dans le même temps, les gouvernements doivent aider les migrants en leur proposant « une certaine forme de formation ou d’apprentissage afin qu’ils puissent rapidement développer ces compétences. Tous les frais engagés pour une telle formation seront un investissement précieux pour l’avenir de la nation. » De leur côté, les immigrants doivent venir avec la volonté de travailler : « Même si les réfugiés sont contraints d’effectuer des travaux subalternes ou basiques, pour lesquels ils se considèrent surqualifiés, c’est mieux que de rester inactifs et d’attendre que l’État couvre tous leurs besoins. Sinon, les immigrants qui ne contribuent pas à la société ne feront qu’accroître l’agitation de la population. »
L’intégration, mais à quel prix ?
L’immigration est également une source d’inquiétude, car les citoyens nés dans le pays craignent que les immigrants ne changent leur culture ou ne s’intègrent pas correctement. Par exemple, certains pays européens, la France en tête, ont pris des mesures pour empêcher les femmes musulmanes de se couvrir la tête ou le visage dans les écoles ou les bâtiments publics.
Mais la question clé est de savoir ce que signifie réellement l’intégration : si certains soutiennent que l’intégration nécessite de s’habiller de la même façon, de manger la même nourriture ou de parler la même langue, l’islam enseigne que la véritable intégration ne se résume pas à ces aspects superficiels. « L’islam enseigne plutôt qu’une personne ne doit pas seulement s’efforcer d’acquérir ou de désirer la paix pour elle-même, mais doit faire tous les efforts possibles pour répandre la paix et l’harmonie parmi les autres personnes avec le même désir qu’elle éprouve pour elle-même. Cette attitude désintéressée est le moyen d’établir la paix dans le monde. Existe-t-il une société qui n’apprécierait pas de tels enseignements et n’approuverait pas une telle approche ? » Ainsi, les immigrants eux-mêmes ont la responsabilité d’œuvrer pour l’amélioration de leur pays d’adoption.
L’islam enseigne également que les citoyens doivent être loyaux envers leur pays d’adoption : « L’islam n’autorise aucune forme de déloyauté envers le pays, quelle qu’elle soit. C’est un enseignement absolu et sans équivoque. L’islam n’autorise aucune forme de comportement rebelle, ni aucun complot contre sa nation – qu’elle soit la nation d’adoption ou non – ou toute tentative de lui nuire de quelque façon que ce soit. »
Liberté de religion
La préservation de la liberté de religion, ou de conscience, devrait être une valeur primordiale pour les sociétés qui valorisent les droits individuels. À cet égard, les immigrants ou les citoyens musulmans devraient également bénéficier de ce droit. « Bien sûr, si l’on demande aux musulmans de faire quelque chose qui n’est pas juste ou si on leur dit de ne pas tenir compte des instructions du Saint Coran relatives aux principes de modestie, au caractère sacré de la religion ou d’agir contre la vertu, ils ne peuvent pas le faire. Cependant, ces questions ne sont pas une question d’intégration, mais relèvent en réalité de la liberté religieuse individuelle.
La violation de la liberté religieuse n’est pas seulement une question à laquelle les musulmans doivent s’opposer, mais en fait, toutes les personnes sincères et décentes se lèvent et s’expriment contre cela et déclarent ouvertement qu’aucun gouvernement ou société ne devrait interférer avec les droits religieux individuels. [11] Quelle que soit la religion ou la croyance, il est essentiel que les droits de tous les citoyens à pratiquer leur foi comme ils le souhaitent soient préservés.
Mais il y a un problème plus profond. Beaucoup pensent que l’islam est une religion qui ne croit pas à la préservation des droits religieux des autres. En regardant les gouvernements d’Iran et d’Afghanistan, les gens supposent que l’islam exige que la religion soit imposée au niveau de l’État. Pourtant, dans le Saint Coran, Dieu déclare : « Ceux qui ont été chassés injustement de leurs maisons uniquement parce qu’ils ont dit : « Notre Seigneur est Allah » – Et si Allah ne repoussait pas les uns par les autres, on aurait certainement démoli des monastères, des églises, des synagogues et des mosquées, où le nom d’Allah est souvent commémoré. Et Allah vient en aide à celui qui L’aide. Allah est certes Puissant, Fort. » [12]
Ces versets « établissent le devoir des musulmans de protéger les autres religions et de garantir le droit de tous à croire en ce qu’ils désirent, sans aucune forme de contrainte ou de contrainte ».
« L’Islam est donc la religion qui a consacré à jamais les principes universels de liberté de religion, de liberté de conscience et de liberté de croyance. » [13]
En effet, les gouvernements devraient essayer autant que possible de préserver cette liberté pour maintenir la paix. « Il n’est pas sage pour les gouvernements ou les parlements d’imposer des restrictions aux pratiques ou aux croyances religieuses fondamentales des gens. Par exemple, les gouvernements ne devraient pas se préoccuper du type de vêtements qu’une femme choisit de porter. Ils ne devraient pas émettre de décrets indiquant à quoi devrait ressembler un lieu de culte. S’ils vont trop loin de cette façon, ils ne feront qu’aggraver l’agitation et les frustrations de leur population. De tels griefs continueront de s’aggraver s’ils ne sont pas maîtrisés et finiront par menacer la paix de la société. »[14]
En effet, lorsque nous examinons la pratique du Saint Prophète (sa) de l’islam, nous trouvons un profond respect pour les adeptes des autres religions. Lorsque les chrétiens de Najran lui rendirent visite, il leur offrit la mosquée pour leurs services religieux, montrant ainsi le respect et la considération que nous devrions témoigner aux adeptes d’autres religions. A une autre occasion, « afin de préserver la sensibilité religieuse d’un homme juif, le Saint Prophète (sa) prit le parti du Juif après avoir rapporté une dispute qui avait eu lieu entre lui et un musulman. Pour ménager les sentiments de la personne juive, le Saint Prophète (sa) réprimanda le musulman en lui disant qu’il ne devait pas prétendre que le Saint Prophète (sa) était supérieur à Moïse (as), bien qu’il sache qu’il avait apporté le dernier Livre de la Loi. » [15] Ainsi, loin d’imposer l’islam par la force, les musulmans sont instruits à respecter les autres religions, leurs adeptes et leurs fondateurs. Ainsi, les migrants musulmans, où qu’ils soient et quel que soit le pays qu’ils adoptent, devraient être les défenseurs de la liberté religieuse pour tous.
L’immigration est un problème de plus en plus pressant qui exige que les gouvernements trouvent un équilibre entre les besoins de tous leurs citoyens – nouveaux et anciens – et la justice et la compassion.
À propos de l’auteur : Tariq Mahmood est un imam de la communauté musulmane Ahmadiyya au Canada et siège au comité de rédaction de The Review of Religions.
Article traduit par Faizan Zafar
Vérifié par Faris Ahmad
Majlis: Muqami
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