Christianisme et islam : l'héritage interreligieux du pape François

Hier a marqué le dernier jour des neuf jours de deuil du pape François, appelés « Novendiales » [1], le dimanche 4 mai, dans la basilique vaticane : la chapelle papale. [2] Le terme « novendiales » signifie « neuf jours » en latin. Il désigne la période liturgique et cérémonielle observée après la mort d’un pape. Cette tradition trouve ses racines dans les anciennes pratiques de deuil romaines, consistant en neuf messes consécutives offertes pour l’âme du pape défunt, à compter du lendemain de son enterrement. Il s’agit de la période entre la fin du gouvernement d’un pape sur l’Église et l’élection de son successeur. [3] Ancrée dans les anciennes coutumes romaines et chrétiennes, chaque jour était marqué par des messes et des offices quotidiens pour l’âme du défunt pontife, et le neuvième jour d’aujourd’hui marque l’action de grâce pour sa vie. [4]

Alors que la période de deuil touche à sa fin, nous nous unissons pour rendre hommage et remercier le pape François pour ses efforts novateurs en faveur des pauvres et des démunis, [5] qui sont confrontés à des conditions déshumanisantes. [6] Le pape François était bien connu pour s’engager dans un dialogue interreligieux avec les membres d’autres religions en encourageant la paix et le respect mutuel. [7] Il a démontré une profonde compréhension du dialogue interreligieux et a eu des conversations significatives sur l’islam, qui ont favorisé le respect et l’appréciation du véritable islam.

Le 20 mars 2013, le pape François a souligné l’importance du dialogue interreligieux lors d’un discours prononcé place Saint-Pierre. Suivant les traces de ses prédécesseurs, il a rappelé que cinquante ans se sont écoulés depuis la déclaration Nostra Aetate de Vatican II concernant les autres religions.[8] S’adressant aux musulmans, le pape François a déclaré : « Je pense en particulier aux musulmans qui, comme le rappelle le Concile, adorent Dieu, qui est un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, qui a aussi parlé aux hommes. » (Nostra Aetate, n. 3). Ils reconnaissent la paternité d’Abraham, vénèrent Jésus comme prophète, honorent sa Mère, la Vierge Marie, attendent le jour du jugement et pratiquent la prière, l’aumône et le jeûne (cf. ibid.) »[9].   Nostra Aetate est la déclaration sur les relations de l’Église avec les non-chrétiens, rédigée par le pape Paul VI en 1965.[10] Bien que les catholiques ne soient pas nécessairement d’accord avec les enseignements théologiques de l’islam, les papes et l’Église considèrent les musulmans avec estime.

Lors d’une audience avec le corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège le 22 mars 2013, le pape François a insisté sur le dialogue interreligieux et a déclaré : « Il est impossible de construire des ponts entre les peuples en oubliant Dieu. Mais l’inverse est également vrai : il est impossible d’établir de véritables liens avec Dieu en ignorant les autres. Il est donc important d’intensifier le dialogue entre les différentes religions, et je pense en particulier au dialogue avec l’islam. »[11] Le pape François s’est adressé directement aux dirigeants musulmans présents et a souligné comment un dialogue interreligieux coopératif et respectueux pourrait empêcher l’humanité d’être déchirée par des différences théologiques.[12] Au contraire, il a préconisé que la compréhension mutuelle et l’amitié seraient la meilleure voie à suivre.

Le 30 novembre 2015, s’adressant aux musulmans africains, le pape François a évoqué l’importance de l’unité par la fraternité : « Chrétiens et musulmans sont frères et sœurs. »[13] Il a également précisé que « chrétiens, musulmans et membres des religions traditionnelles vivent ensemble en paix depuis de nombreuses années. »[14]

Il a ajouté : « Ensemble, nous devons dire non à la haine, non à la vengeance et non à la violence, en particulier celle qui est perpétrée au nom d’une religion ou de Dieu lui-même. Dieu est paix, Dieu salam . »[15] Le pape François a toujours plaidé pour la paix et a précisé que les enseignements de l’Islam n’étaient pas extrêmes.

Dans son exhortation apostolique « Sur l’annonce de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui » (24 novembre 2013), le pape François souligne l’importance des relations entre chrétiens et musulmans, fondées sur la même croyance en un seul Dieu et le respect de Marie, mère de Jésus. S’adressant aux chrétiens, le pape François a insisté sur l’importance de permettre aux musulmans de pratiquer librement leur foi dans les pays non musulmans. Il explique comment les écrits sacrés de l’islam ont conservé certains enseignements chrétiens et salue le temps consacré par les musulmans à la prière quotidienne.

Le pape François s’est prononcé contre l’extrémisme dans toute religion et a déclaré : « Notre respect pour les vrais adeptes de l’Islam devrait nous conduire à éviter les généralisations haineuses, car l’Islam authentique et la lecture correcte du Coran s’opposent à toute forme de violence. »[16] Le pape François était conscient des véritables enseignements pacifiques de l’Islam et a veillé à ce qu’il reflète cela dans son duologue interreligieux.

Le cinquième calife de la communauté musulmane Ahmadiyya, Sa Sainteté Hazrat Mirza Masroor Ahmad (aba), a salué le pape François lorsqu’il a déclaré que si « le monde est en guerre, il ne s’agit pas d’une guerre de religion » . Hazrat Mirza Masroor Ahmad (aba) a déclaré que le pape avait raison de souligner que la guerre actuelle n’est pas motivée par la religion, mais par la cupidité et le désir de pouvoir et de richesse.

Le pape François a également montré un grand soutien au peuple de Gaza au milieu de ses intenses souffrances ; l’un de ses derniers souhaits était de transformer sa « papamobile » en clinique mobile pour les enfants de Gaza.

Le pape François a multiplié les occasions de dialogue interreligieux avec les musulmans. Ce dialogue marque une nouvelle orientation des relations entre musulmans et chrétiens par rapport aux pontificats précédents. Alors que la traditionnelle période de deuil des Novendiales touche à sa fin, les catholiques du monde entier se remémorent la vie et l’héritage du pape François. Les préparatifs débuteront dans les prochains jours avant la conclave, puis attendront avec impatience que la fumée blanche s’élève de la chapelle Sixtine, annonçant l’élection d’un nouveau pape.

À propos de l’auteur :  Navida Sayed est titulaire d’une licence en théologie, religion et éthique. Membre de longue date du comité de rédaction de The Review of Religions, elle a également été rédactrice de la section Christianisme. Elle est coordinatrice de l’équipe de recherche féminine de la communauté musulmane Ahmadiyya au Royaume-Uni depuis 1992, dont les travaux portent principalement sur les études bibliques.

Article traduit par Faizan Zafar

Verifié par Rehan Mubasher

Majlis : Muqami
Christianity & Islam: Interfaith Legacy of Pope Francis | The Review of Religions